Critiques

John Cale

Mercy

  • Domino Recordings
  • 2023
  • 72 minutes
8
Le meilleur de lca

En mars dernier, John Cale a atteint les 80 balais. L’illustre membre du Velvet Underground — et grand responsable du son distinctif de la mythique formation — a deux albums dans sa besace créative qui font l’unanimité auprès des mélomanes : l’orchestral Paris 1919 paru en 1973 et Fear, un album plus « musclé » sorti l’année suivante. D’autre part, il est impossible de passer sous silence l’émouvant Songs For Drella; disque enregistré en 1990 en compagnie son ami-rival, le regretté Lou Reed. Cet opus est un survol du parcours relationnel que les deux musiciens ont entretenu avec l’artiste Andy Warhol.

Le parcours de Cale met aussi en relief les nombreuses collaborations qu’il a concrétisées dans un rôle qui lui sied bien, celui de réalisateur. C’est lui qui était derrière la console pour le premier album des Stooges (1969) ainsi que pour l’éponyme des Modern Lovers (1972).

L’homme est de retour avec une nouvelle création de chansons originales, sa première en près de 10 ans. Pour cette 17e sortie en mode solo titrée Mercy, Cale a uni son talent à celui d’une pléiade de jeunes artistes : Laurel Halo, Actress, Weyes Blood, Sylvan Esso, Animal Collective, Fat White Family et Tei Shei, entre autres.

Sur des trames majoritairement électroniques, le doyen immerge sa voix dans une réverbération dense, hissant ses chansons dans la stratosphère. Les synthés sont brumeux et aériens. Les rythmes, eux, sont discrets et la voix de Cale évoque par moments celle du crooner Tony Bennett et à d’autres occasions, on y entend l’influence de David Gahan de Depeche Mode.

Littérairement, Mercy laisse subtilement émerger les événements planétaires qui ont dominé l’actualité au cours des dernières années, de l’élection de Donald Trump, en passant par le Brexit, le mouvement Black Lives Matter et, bien sûr, la pandémie de COVID-19. Dans la pièce-titre, Cale condamne les bellicistes qui ne jurent que par la libre circulation des armes à feu :

Lives do matter

Lives don’t matter

Wolves getting ready

Wolves getting ready

They’re gonna buy more guns

Rolling around in the snow and in the mud

Lights exploding above

– Mercy

Noise of You est une pièce qui rend délicatement hommage à tous ces disparus qui ont marqué la vie du vétéran. La batterie intersidérale et la ligne de basse groovy viennent crédibiliser les mots de Cale :

Bells ring out, the snow falls

The choir is finishing its song

Your footsteps on the stairs meet at the River House

To say goodbye, to say goodbye

Was the noise of you, was the noise of you

– Noise of You

Mais le morceau de résistance de ce Mercy est sans contredit la sublime Everlasting Days, chanson élaborée avec la formation américaine Animal Collective. Le changement de rythme à la mi-parcours du morceau est particulièrement réussi.

Parmi les autres moments à souligner, les claviers diaphanes dans Marilyn Monroe’s Legs (Beauty Elsewhere), évoquant la pop rêveuse aux accents néo-classiques de la formation Dead Can Dance, sont tout simplement magnifiques. L’apport de l’autrice-compositrice-interprète Tei Shei insuffle un supplément d’âme à I Know You’re Happy. Dans ce plaidoyer écologique qu’est The Legal Status of Ice, l’influence mélodique de David Bowie se fait entendre. Enfin, les admirateurs du Velvet Underground reconnaîtront le jeu pianistique emblématique de Cale dans Out Your Window.

On ne peut rien exiger de plus de la part de ce grand musicien. Même si les contributions artistiques pourraient paraître anecdotiques pour certains, l’homme, lui, impressionne par sa créativité qui demeure intacte malgré les années qui passent.

Peu d’artistes peuvent se targuer d’être aussi pertinents après 60 ans de carrière. Alors, profitons de ce que peut encore nous offrir John Cale.