Critiques

Joe Rocca

Hybride

  • Bonsound
  • 2024
  • 31 minutes
7

« C’est qui ça Joe Rocca? » Tous les jeunes, aujourd’hui moins jeunes, ayant embarqué dans la vague Dead Obies, il y a maintenant plus de dix ans, se souviennent de cette iconique ligne du rappeur sur la pièce Montréal $ud.

Disons que le Joe Rocca qui présente aujourd’hui Hybride, son deuxième album solo en carrière, apparaît loin du rappeur extravagant et tape-à-l’œil qui rappait au sein de la populaire formation hip-hop au courant de la dernière décennie.

21 grammes, la première pièce de l’album, donne le ton pour cette nouvelle étape de la carrière de l’artiste. Sur une splendide production minimaliste, Joe Rocca propose un texte calme, mature et introspectif. On y découvre un rappeur terre à terre, prêt à se réinventer. Et c’est effectivement ce qu’il fait sur le reste de l’album.

Cette « nouvelle » personnalité de Joe Rocca teinte tout le reste du disque. Des chansons comme 21 grammes ou Qui d’autre dans lesquelles il réfléchit à voix haute sur son développement personnel se démarquent comme certaines des meilleures pièces de l’album grâce à leur honnêteté manifeste.

Autrement, Joe Rocca n’a pas perdu son amour pour les chansons R&B plus sensuelles et séductrices déjà très présentes sur son premier album, French Kiss, paru en 2017. La différence est qu’il paraissait plus player dans son rapport aux femmes sur son premier album, alors qu’il se présente plus amoureux sur ce deuxième disque, la maturité ayant affecté cet aspect de sa personnalité également. Les chansons de ce type sont assez nombreuses sur l’album. Certaines sont plus oubliables tandis que d’autres comme Blues de Jeans sont plus percutantes, notamment grâce à son puissant et sombre beat électro rappelant la musique de The Weeknd.

Avec Hybride, Joe Rocca suit les traces de son compatriote de Dead Obies, Greg Beaudin, qui présentait lui aussi l’année dernière un album plus personnel et intime. Même d’un point de vue purement musical, Rocca emprunte un chemin similaire à celui qu’a pris son compatriote en choisissant des productions fortement teintées de R&B, de soul et de funk. Ces nouvelles influences fonctionnent particulièrement bien sur une production funky comme l’excellent morceau Focus, où Joe Rocca apparaît comme une version québécoise de Anderson. Paak.

Si on apprécie le changement de cap de l’artiste, autant au plan des paroles que du son, on se désole quand même un peu de ne pas retrouver sur ce nouvel opus plus de rap dit « pur », d’autant plus que les apparitions de Rocca sur les albums de ses collègues 20Some et Greg Beaudin dans les dernières années laissaient présager que le rappeur était encore très en forme sur ce plan-là de son art. La dernière chanson de l’album, Told Ya, en collaboration avec tous les membres actuels de Dead Obies, prend cette forme purement rap, mais les couplets sont trop courts et manquent de pertinence.

N’empêche, il est beau de voir un artiste se réinventer avec une réelle authenticité, tout en étant toujours capable de nous faire bouger, mais de manière différente.

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