Critiques

Japanese Breakfast - Jubilee album

Japanese Breakfast

Jubilee

  • Dead Oceans Records
  • 2021
  • 37 minutes
7,5

Le moins qu’on puisse dire, c’est que Michelle Zauner, alias Japanese Breakfast, est une boîte à surprises plutôt improbable! Jubilee est la troisième réalisation de la globe-trotter sud-coréenne, née à Séoul et élevée dans l’Oregon. Maintenant établie à Philadelphie, elle collabore avec un batteur et réalisateur émérite en Pennsylvanie, Craig Hendrix. Ce dernier est reconnu pour la direction d’ensembles vocaux et de musique de chambre. D’ailleurs, l’apport classique de Hendrix se fait sentir dès les premières notes de l’album.

Analysons, si vous le voulez bien, l’offrande en question, pièce par pièce, une bouchée à la fois.

Paprika : Nos oreilles découvrent une épice sonore gonflée de cuivres, idéale pour une ambiance de fête foraine et synonyme d’anomalie dans un déjeuner japonais d’antan. Si la jeune discographie de Zauner brille en contrastes stylistiques, la mise en bouche de Jubilee m’a plutôt déstabilisé, mais dans le bon sens du terme.

Be Sweet : Le disco-funk est à l’honneur alors qu’on troque les cuivres de Paprika pour des lignes de basse suave à souhait. Michelle Zauner nous transporte littéralement à la fin des années 80, dans une discothèque où les franges bouclées et les mèches gaufrées flottent dans le vent sur un rythme groovy.

Kokomo, IN : Si les enchaînements précédents étaient, disons, étonnants, eh bien, cette ballade romantico-folk de fin de soirée, en hommage à un patelin perdu de l’Indiana, ajoute à la stupéfaction. Jusque là, j’ai l’impression d’écouter trois musiciennes différentes et franchement, c’est plutôt agréable. Mention spéciale au violon soutenu pendant près de quatre minutes.

Slide Tackle : Voici un autre voyage dans les années 80 avec une trame synth-pop qui vous fera bouger le bassin à coup sûr. C’est aussi le retour en force de la trompette initiale, mais cette fois-ci, elle donne plutôt des airs de fanfare. À mon avis, c’est la moins réussie du lot, du moins sur le premier côté du vinyle. Malgré tout, les envolées vocales de la principale intéressée sont parfaitement aiguës, justes et puissantes !

Posing in Bondage : Ce morceau médian au titre explicite est, de loin, le plus sombre sur Jubilee. Une pop obscure sensuelle qui me rappelle LP1 de FKA Twigs. Très peu d’espace est laissé à l’interprétation ici. Encore là, je suis déconcerté par ce caméléon musical qu’est Japanese Breakfast.

Sit : Après la suggestion/invitation vers la chambre à coucher, l’heure est au dodo. Une pop rêveuse grandiose accompagne la voix divine de Zauner. J’irais jusqu’à qualifier de shoegaze les riffs de guitares garnies de réverbération rehaussant cette pièce qui est définitivement la plus rock de l’album. Les fans du long format Pyschopomp (2016) se retrouveront en terrain connu sur Sit.

Savage Good Boy : Avis aux mordus des chipmunks, vous serez servis avec Savage Good Boy, qui propose aussi son lot de guitares électriques/électroniques bizarres à la Ratatat. Disons que celle-ci me laisse un peu indifférente.

Hell : Cette chanson n’a rien à voir avec une promenade en enfer. Hell est plutôt une pièce indie-pop apaisée. Un morceau qui tombe dans le ventre mou de l’opus, synonyme d’une mélodie plutôt réchauffée.

Tactics : Le violon réapparaît et il est beaucoup plus planant cette fois-ci alors qu’il accompagne à merveille une grosse caisse quasiment lourde, considérant la structure mélancoliquement pop de Tactics.

Posing for Cars :  Je devais parler de longueur avant de m’attaquer à une conclusion avoisinant les sept minutes. Force est d’admettre que l’éternel solo de guitare abrasive est une finale digne d’un rappel.

En guise de récapitulatif de ce drôle d’exercice, je dois plier l’échine devant une créativité hors-norme qui m’a complètement conquis en première moitié d’album. Par contre, j’espérais que la magie opère de la même façon dans la deuxième moitié. Sans dire que la deuxième portion est décevante, elle manque d’éclat, d’artifices et de mystères si nous la comparons à la première partie.

Si vous deviez choisir un album pour découvrir Japanese Breakfast, celui-ci est juste à point, à l’image d’un collage de tous ses styles favoris.