Critiques

Jack White

Fear of the Dawn

  • Third Man Records
  • 2022
  • 40 minutes
8
Le meilleur de lca

En voilà un qui n’a vraiment plus besoin de présentation. Cette année, Jack White effectue un retour sur disque avec la parution de deux albums : Fear of the Dawn et Entering Heaven Alive. Si la pièce-titre de ce premier disque paru vendredi dernier laissait présager un ton résolument rock, le deuxième, dont la parution est prévue en juillet prochain, ferait la belle part à la musique traditionnelle états-unienne. Dans les faits, il n’y a aucune surprise quant aux tangentes sonores qu’empruntent ces deux longs formats. Ce sont simplement les deux facettes habituelles de la personnalité musicale du rockeur.

En 2018, White en avait déçu plus d’un avec l’expérimental Boarding House Reach qui, malgré une prise de risque respectable, s’éparpillait dans tous les sens sans réel fil conducteur. Pour cet album, notre homme s’est amusé à confectionner des collages sonores maladroits et irritants ce qui lui a valu une volée de bois vert de la part de plusieurs journalistes musicaux qui n’y ont vu qu’un exercice de style prétentieux et égocentrique.

Mais ceux qui avaient abandonné White une fois pour toutes pourraient revenir sur leur position à l’écoute du foisonnant et éclectique Fear of the Dawn. La plupart des mélomanes sont bien au fait de l’immense créativité, doublée d’une extraordinaire dextérité, qui habite Jack White. En faisant preuve d’une maîtrise parfaite de tous les genres musicaux qui l’inspire, même s’il s’amuse à déconstruire ses chansons en feignant la perte de contrôle créative, l’Américain nous présente son meilleur album en mode solo.

Fear of the Dawn ne laisse aucun répit à l’auditeur. White trempe ses chansons dans le hard rock, le hip-hop, le reggae, le soul-funk « à la Prince », le rap métal et même dans la musique électronique façon Daft Punk. Et l’exploit de cette performance musicale — car il s’agit ici d’une véritable prouesse technique — réside dans cette fluidité compositionnelle qui porte radicalement la marque distinctive de ce musicien hors norme. Tout ce florilège d’influences, de sons triturés et de riffs matraques coulent de source sans jamais qu’on y perdre notre latin.

Évidemment, c’est White qui a réalisé lui-même l’album. Les habitués de l’artiste noteront ce nouveau son de guitare — toujours aisément identifiable —, qui propulse ses chansons dans une atmosphère parfois étrange et souvent futuriste. Depuis plus de 20 ans, le rock peine à s’ancrer dans la modernité. Avec Fear of the Dawn, White le dépoussière juste assez et prend bien soin de conserver intact la puissance et l’énergie inhérentes à ce genre musical.

Parmi les moments marquants de ce quatrième album solo en carrière, l’introductive Taking Me Back est un morceau déjanté et tourbillonnant. Changement d’air avec Hi De Do qui s’amorce avec une incantation arabisante pour ensuite bifurquer vers un hip-hop mettant en vedette Q-Tip, leader du collectif A Tribe Called Quest. Into the Twilight est une drôle de bébitte campée entre l’univers de Prince et celui de Daft Punk. What’s the Trick contient quelques relents de rap metal. Évidemment, la pièce-titre est caractérisée par un riff imparable. Headbanging garanti !

Certains nostalgiques pourraient être rebutés par le rock hyperactif et gonflé à l’hélium proposé par Jack White sur Fear of the Dawn. Or, force est d’admettre qu’il nous présente un disque libéré de toutes contraintes. Chose rare pour un multimillionnaire du rock.

Un coup de circuit en solo pour ce fervent amateur de baseball !