Critiques

Hum

Inlet

  • Polyvinyl Records
  • 2020
  • 55 minutes
8
Le meilleur de lca

2020 aura été marquée par quelques grands retours, dont certains qu’on n’attendait plus. Pensons seulement à Cabaret Voltaire, qui vient de lancer un premier disque en plus de 25 ans, ou encore au retour spectaculaire de Mr. Bungle. Mais il ne faudrait pas oublier le groupe américain de shoegaze-space-rock-stoner Hum, qui lançait en juin l’excellent Inlet, mettant ainsi un terme à une disette de 22 ans.

Au moment où tous les critiques s’amusent (ou se cassent la tête) à dresser leurs listes de fin d’année, l’occasion est parfaite pour revenir sur cet album passé un peu sous le radar dans nos pages au moment de sa sortie. Il faut dire qu’Inlet est arrivé un peu comme un cheveu sur la soupe, sans faire beaucoup de bruit. Ainsi, le disque a été lancé sans avertissement sur la plateforme Bandcamp le 23 juin et la formation n’a accordé aucune entrevue dans les médias pour en faire la promotion.

Hum a connu ses heures de gloire au milieu des années 90 avec ses albums You’d Prefer an Astronaut et Downward Is Heavenward. La formation a même obtenu un certain succès radio grâce au simple Stars en 1995. Malgré tout, le groupe n’a jamais vraiment trouvé sa place parmi l’écosystème du rock alternatif à l’époque. Il faut dire que le quatuor de l’Illinois faisait un peu office d’OVNI avec ses influences tirant à la fois sur le shoegaze, le post-hardcore, le rock progressif et le metal.

C’est peut-être d’ailleurs ce qui fait qu’Inlet sonne aussi frais aujourd’hui, comme si on découvrait le groupe pour la première fois. Personnellement, le retour de Sleep en 2018 m’avait fait un peu le même effet, grâce à la sortie de l’excellent The Sciences, leur premier album en 15 ans. Il y a d’ailleurs plusieurs affinités notables entre Hum et Sleep, que ce soit au chapitre des riffs lourds et pesants ou encore au niveau du timbre de voix de Matt Talbott, qui rappelle parfois celui d’Al Cisneros. En fait, si on voulait résumer le son de Hum avec une formule simpliste et forcément réductrice, on dirait que c’est du shoegaze sur une base rythmique stoner metal.

Ces deux côtés s’expriment à merveille sur Desert Rambler, une odyssée de plus de neuf minutes qui évoque autant le post-rock de Mogwai que les beaux jours de Black Sabbath. The Summoning est construite dans le même moule, avec certains des riffs les plus pesants parmi tout le répertoire de la formation. D’autres titres évoquent un peu plus l’héritage shoegaze, à commencer par l’excellente Waves, qui ouvre l’album en beauté grâce à ses riches textures de guitares signées Tim Lash.

Même s’il tangue parfois vers le metal ou le rock lourd, Inlet demeure un album tout à fait accessible, peut-être même davantage que les disques soi-disant « classiques » de la formation. L’entraînante Step Into You aurait eu tout le potentiel nécessaire pour rallier un public large comme l’a fait Stars il y a 25 ans, et de manière plus justifiée sans doute, tellement elle représente mieux l’esthétique du groupe.

Ce serait réducteur de dire qu’Inlet est un album plus mature que ses prédécesseurs, qui assume mieux son ambivalence entre rock lourd et évanescent. Bien sûr, les gars ont vieilli et ça ne peut faire autrement que de transparaître dans leur musique. Mais il y a quelque chose dans le son, plus riche et texturé, et dans la parfaite maîtrise des nuances qui témoigne sans aucun doute d’une certaine expérience.

Après My Bloody Valentine, Slowdive ou American Football, il faut ajouter le nom de Hum à la liste des groupes des années 90 à avoir réussi leur retour ces dernières années sans perdre de leur pertinence. Et pour les mélomanes qui vont découvrir le groupe avec Inlet, ils auront l’impression d’avoir trouvé le chaînon manquant entre le shoegaze et des groupes comme Nothing, DIIV et Touché Amoré.

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