Critiques

Ghostly Kisses

Heaven, Wait

  • Coyote Records
  • 2022
  • 36 minutes
7

Une chose est sûre : il était attendu, ce premier album de Ghostly Kisses. Celle qui offre des chansons et des mini albums depuis 2015 aura attendu sept ans avant de faire paraître son premier long jeu, Heaven, Wait. Est-ce que l’attente en aura valu la chandelle? Pour les fans purs et durs de l’artiste, oui.

J’ai retrouvé, dans l’écoute de Heaven, Wait, le même sentiment qui m’habite quand je mets les pieds dans mes pantoufles préférées. C’est doux, ça fait du bien et je sais à quoi m’attendre. Car il n’y a aucune surprise dans cet album. On y retrouve Margaux Sauvé, la musicienne derrière Ghostly Kisses, son piano et ses ambiances feutrées propres à elle. Cet album a un peu l’effet d’un bon bol de soupe fumant : on sait ce que ça va goûter avant même la première bouchée, mais ça rassure.

Force est d’admettre que Margaux Sauvé sait créer un univers. Il faut simplement noter que c’est la même recette que depuis 2015. Hypothétiquement, certains pourraient critiquer cette continuité. Personnellement, j’aime mieux y voir de la logique. À quoi pouvait-on s’attendre du premier album de Ghostly Kisses, si ce n’est qu’à cette continuité? Son univers éthéré de dream pop et sa voix aérienne et douce comme la soie font sa force. C’est ce qu’on aime, quand on écoute du Ghostly Kisses. Faire table rase et changer de style du tout au tout aurait été une erreur pour Sauvé.

La production, assurée par son partenaire dans la vie, Louis-Étienne Santais, est léchée. Rien ne dépasse. Tout semble avoir été pensé. Seul hic peut-être, c’est que c’est un peu unidimensionnel. Heaven, Wait (l’album) est très linéaire. Les dix pièces qui le composent auraient pu n’être que plusieurs mouvements d’une seule et unique pièce. Si ce n’avait été des quelques microsecondes d’attente entre chacun des morceaux de mon lecteur, je n’aurais peut-être pas réalisé qu’il y avait plus d’une chanson.

Avec Heaven, Wait, Ghostly Kisses crée 10 tableaux hypnotisant dans le bon sens du terme. On y retrouve l’ambiance musicale feutrée qu’on associe à la musicienne. Parmi elles, deux pièces ressortent du lot : les extraits déjà parus Heaven, Wait et Blackbird.

Tout d’abord, parlons de la pièce-titre, Heaven, Wait. Quelle pièce sublime! C’est comme si Margaux Sauvé avait tenté de mettre en musique un sentiment de bien-être amoureux. Fermez vos yeux et imaginez-vous au soleil avec votre personne préférée en train de manger de la crème glacée. C’est exactement ce sentiment de douce affection et de bonheur complet que propose l’écoute de Heaven, Wait. Ce que j’apprécie de cette chanson, outre le sentiment général qui en découle, est ses quelques notes de piano chatouillées tout au long des couplets. Ça me donne des frissons chaque fois. Or, ce petit pattern musical semble se répéter en fin d’album sur la chanson Play Dead. Au point où lors de mon écoute de Play Dead, j’ai commencé à fredonner Heaven, Wait. J’ai été surprise quand j’ai réalisé que Margaux Sauvé ne m’avait pas suivie, car ce n’était pas la même chanson, au final…

La pièce Blackbird est probablement celle qui détonne le plus de tout l’album. Cela s’explique par son côté un peu menaçant causé par la présence de percussions. Car, fait intéressant, Ghostly Kisses n’utilise pas beaucoup de percussions dans ses pièces. Pour cette chanson, Margaux Sauvé s’est inspiré d’une grosse dépression vécue à l’adolescence qui l’a empêchée « de fonctionner normalement pendant plusieurs années » expliquait-elle à la sortie de la chanson.

I see your world through my window
I dream of lives that I can’t know
Is there a place where I won’t feel alone?
Where love or death is no more?

Blackbird

Est-ce que Heaven, Wait offre un résultat surprenant ou inattendu? Pas du tout. Mais est-ce que c’est une bonne continuité de ce qu’a offert l’artiste depuis ses débuts? Alors là, absolument.

Crédit photo: Fred Gervais