Critiques

Gazoline

Gazoline III

  • Duprince
  • 2021
  • 32 minutes
8
Le meilleur de lca

Xavier Dufour-Thériault, le chanteur de Gazoline, s’est offert un beau cadeau d’anniversaire. Le lendemain de sa fête, le 12 novembre, il a fait paraître Gazoline III avec son groupe. Il s’agit d’un excellent album de rock satyrique.

Avec Gazoline III, le groupe sort d’une pause de près de 5 ans. Il avait fait paraître l’album Brûlensemble en 2016, puis le mini album Yūgen l’année d’après. Depuis, silence radio. Chacun avait entrepris des carrières de leur côté : Xavier Dufour-Thériault (chant, guitare) avait lancé son projet solo Zoo Baby, Jean-Cimon Tellier (claviers, piano, guitare) s’occupait du festival La Noce et Jean-Philippe Godbout (batterie) jouait dans des groupes jazz. Ils se sont retrouvés durant la pandémie. Ils se sont alors remis à jouer ensemble pour le plaisir. Gazoline III est né de toutes ses séances. Les Gazoboys ont également changé de bassiste entre Brûlensemble et Gazoline III : c’est Samuel Beaulé qui tient la basse désormais.

Le réalisateur aussi a changé. Après avoir fait affaire avec Xavier Caféine pour leur premier album homonyme, Julien Mineau pour Brûlensemble et eux-mêmes pour Yūgen, c’est désormais Gus Van Go qui est derrière la console. Celui qui est derrière les albums des Trois Accords et des Cowboys Fringants prouve une fois de plus qu’il sait produire des albums de pop-rock efficaces.

Si j’ai découvert le groupe sur le tard, j’ai écouté en boucle les trois extraits de Gazoline III comme si ma vie en dépendait. Tellement que quand l’album est sorti, je l’ai écouté au moins quatre fois de suite pour ensuite aller assister à leur lancement au Théâtre National dans le cadre du festival Coup de cœur francophone.

Avec 3 minutes 5 secondes, Jessica #2 et Dragueur Kamikaze, j’avais adoré l’esprit rock que Gazoline semblait avoir retrouvé. Ça rappelait un peu ce que le groupe faisait au tout début avec leur premier album homonyme. Ça aurait pu être mensonger. Les Gazoboys auraient pu sortir trois extraits plus rock pour donner l’eau à la bouche et finalement aller dans une direction complètement différente avec Gazoline III. Ce ne serait pas la première fois que ça arrive. Mais non. Les gars de Gazoline offrent un excellent album de rock.

Gazoline joue avec le principe de rock. C’est ce qu’ils avaient annoncé dans leur communiqué de presse et c’est ce qu’ils ont offert. D’une chanson qui explique comment faire un hit en 3 minutes 5 secondes (un vrai vers d’oreille!) à l’aveu que la Jessica de l’album n’existe pas et que ce n’est qu’une « tactique des artistes pop », les Gazoboys s’amusent avec le rock. D’ailleurs, tout le monde en prend pour son rhume : le public, les musiciens, l’industrie…

Par exemple, la pièce en toute fin d’album, Les partys de l’industrie du disque, écorche fortement l’industrie. Elle détonne par sa mélodie plus posée que la pièce précédente Jessica #2 et par son propos. Or, elle permet au narrateur d’offrir sa vision sur le monde de la musique pop francophone en Amérique.

Amène-moi au Club Soda après-midi
Faire du PR
C’est pas mon fort
Oui mais l’artiste alcoolique en moi insiste
On fait tous ça pour se faire voir
C’est comme ça la pop musique aujourd’hui en français en Amérique.

Les partys de l’industrie du disque

L’un des tropes de la musique rock, le sexe, est aussi abordé. L’ironique French Kiss en est un bon exemple. Elle s’ouvre comme une chanson d’amour, mais se transforme rapidement en une histoire d’un soir des plus réalistes.

Il l’a regardé pis elle a souri
Ils sont allés dans les chiottes
Y’était genre 3h30
Quand le portier les a sortis par l’autre porte
Ils sont allés chez elle parce que
Il vit encore chez ses parents mais c’est pas ça qu’il lui a dit
Ils ont couché ensemble pis c’était genre pas si pire

French Kiss

Bref, Gazoline III est un excellent album rock à écouter en boucle. Pour avoir été présente au lancement, je confirme également qu’il se défend également très bien en spectacle.

Crédit photo: Étienne Barry, assisté de Andy Jon et Anna Frances Meyer