Critiques

Gaspard Eden

Soft Power

  • Coyote Records
  • 2020
  • 39 minutes
8
Le meilleur de lca

Cela fait maintenant trois ans que Gaspard Eden erre aux quatre coins de la basse-ville de Québec. Janvier 2018 marquait précisément la fin de l’ancien projet de Joey Proteau nommé ego death. Entre-temps, notre charismatique personnage n’a pas chômé, loin de là, perfectionnant le son indie-rock et mélodiquement enivrant qu’on connaît aujourd’hui. Le premier long jeu, Soft Power, est donc l’aboutissement d’un travail d’orfèvre auquel se sont greffées quelques figures marquantes du paysage musical de la Vieille Capitale. Saluons entre autres, les Alexandre Martel, Gabrielle Shonk et Jean-Michel Letendre-Veilleux de ce monde.

Donc voilà, la douce puissance aux sonorités attendrissantes de Gaspard Eden est enfin dévoilée au monde entier. Partiellement rassasié, le public curieux connaissait déjà 5 pistes sur 10, l’équivalent d’une face A ou B d’un vinyle. D’ailleurs, cette galette qui devrait atterrir dans les bacs à la fin du mois est le fruit d’une collaboration avec la Société des Loisirs, nouvelle presse à vinyle/disquaire-café du quartier Saint-Roch.

Avant de me garrocher sur le champ de bataille et de m’attaquer au contenu, je me dois de souligner la facture du contenant. Plutôt doué avec ses crayons et pinceaux, Gaspard Eden signe lui-même le graphisme des pochettes numériques et physiques. Les érudits se souviendront qu’à l’hiver 2018, il avait justement combiné ses passions lors d’un spectacle-vernissage au Maelstrom. Cet univers esthétique est probablement inspiré du mouvement Memphis, très influent dans les années 80. Force est d’admettre qu’aucun détail visuel n’est laissé-pour-compte sur Soft Power et ce, autant sur les couvertures qu’en vidéo.

Au total, le LP oscille les 39 minutes, incorporant les cinq pièces connues aux nouvelles.

Est-ce que la parution préalable et au compte-goutte de 50 % d’un album pourrait décevoir les mélomanes que vous êtes? Est-ce que l’engouement pourrait être atténué?

Comme un politicien amateur de hockey, je répondrais en patinant. Sérieusement, je crois qu’effectivement certains puristes pourraient être déçus de se délecter (techniquement) d’un EP de 5 nouvelles pièces. Par contre, de mon expérience personnelle, chaque parution (simple) était un happening dans mes oreilles.

«Hé câline, as-tu écouté le dernier simple de Gaspard Eden? Capoté ben raide!»

«T’iras voir le clip pour Pancakes, c’est du stop motion avec que personnages en plasticine!» – presque un verbatim, presque.

D’entrée de jeu (ou d’écoute), nous découvrons une nouvelle pièce (de la maison) nommée Bathroom Mirror. Ne partez pas en peur, je ne jouerai pas à Clue pendant toute la critique.

Ironiquement, Bathroom Mirror est une ballade langoureuse lorgnant vers la chambre à coucher. Une invitation sensuelle à des galipettes quelconques. Du splendide pop-rock, un peu à l’image de Baby Black Hole. La fusion des cordes acoustiques et électriques forme une foutue belle symbiose, comme deux corps qui s’entrelacent pour la première fois.

« Oh, you’re like a baby black hole

You’re such a mystery

Unsolvable to me »

– Baby Black Hole

Si le pouvoir magique de Gaspard Eden n’est pas généré par sa plume et la complexité de ses textes, la mélodie et le rythme qu’il donne à ses refrains relèvent d’un certain génie. Le chantier qu’est Soft Power regorge de vers d’oreille potentiels. C’est pas des farces, j’ai eu Nothing coincé dans le coin de ma tête pendant des semaines, voire des mois. Après tout, la «fashion victim» en moi s’identifie peut-être au principal intéressé lorsqu’il chante…

« I change my clothes three times for nothing

I’m scrolling down, yeah down, down, down for nothing »

– Nothing

J’entends une dualité entre la naïveté et l’assurance dans la voix de Joey Proteau, c’est peut-être ce qui la rend charmante à mes yeux et mes oreilles. Outre Pancakes, pièce habilement construite grâce une ascension vocale et une cassure dans l’ampli aux niveaux des guitares, Password est la touche finale idéale pour un album comme celui-là. Une dernière halte dans un sanctuaire paisible, synonyme d’une triste fin imminente. Vocalement tragique et musicalement romantique, c’est le mantra.

Fouillez-moi pourquoi, mais lorsque je pense au succès que pourrait obtenir ce premier exercice de Gaspard Eden, un dicton marketing me vient en tête : « Keep it Simple and Stupid ». Banal est le nouveau génial? J’assume ce moment, ark…

Nota bene : mon petit doigt chauvin me dit qu’un succès comparable à celui de Men I Trust attend Gaspard Eden en 2021, si l’Ancien Monde peut refaire surface à l’image d’Atlantide.

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