Critiques

Fleet Foxes

Shore

  • Anti- Records
  • 2020
  • 55 minutes
8
Le meilleur de lca

Il est arrivé le 22 septembre, avec l’équinoxe d’automne. Je parle bien sûr de Shore, le nouvel album surprise des Fleet Foxes. La date n’a rien de fortuit, la musique du groupe ayant toujours été associée à mes yeux aux froides soirées d’hiver. Et la bande à Robin Pecknold peut encore dire mission accomplie avec ce quatrième opus, à la fois ambitieux dans la forme et pourtant si simple dans son intention.

La sortie de chaque nouvel album des Fleet Foxes avait jusqu’ici été précédée d’un fort sentiment d’anticipation. En 2011, la formation originaire de Seattle avait dû faire face aux attentes démesurées en réaction à l’accueil dithyrambique réservé trois ans plus tôt à son premier album éponyme. Pecknold et ses acolytes avaient relevé le défi haut la main avec le magnifique Helplessness Blues, qui élargissait la palette folk du groupe en y intégrant des éléments de free jazz et des textes plus contemporains. La formation nous a ensuite fait patienter six ans avant de nous offrir l’ambitieux Crack-Up en 2017, une véritable odyssée prog-folk aux couleurs baroques.

À la première écoute, Shore apparaît comme un album un peu plus direct dans son intention, comme si Pecknold (qui écrit tout et joue de presque tous les instruments cette fois-ci) avait voulu revenir à une esthétique un peu plus simple, à l’image du EP Sun Giant et de l’album éponyme de 2008. Les chansons sont plus courtes (une seule franchit le cap des cinq minutes) et il n’y a pas de morceau à grand déploiement tel qu’on en retrouvait sur Crack-Up. Le ton est aussi plus léger, avec encore davantage de refrains entonnés en chœur (la marque de commerce du groupe).

Cela dit, Shore regorge encore de moments d’une très grande complexité sur le plan musical, sauf qu’ils sont maquillés en chansons qui apparaissent toutes simples dans leur expression. C’est d’ailleurs là la marque des grands groupes, ceux capables de poursuivre leurs explorations musicales dans le contexte d’un genre pourtant régi par des conventions aussi rigides comme peut l’être le folk. Les moments forts sont nombreux, de l’entraînante Young Man’s Game, portée par une batterie bien appuyée et de puissantes harmonies vocales, jusqu’à l’exquise Cradling Mother, Cradling Woman, avec sa rythmique complexe et ses arrangements élaborés.

Même si Shore porte la griffe de Pecknold comme aucun autre album des Fleet Foxes auparavant, l’instrumentation y est un peu plus diversifiée. On note une très belle utilisation des cuivres sur A Long Way Past the Past et Thymia, tandis que l’ajout d’un clavecin confère une touche de musique de chambre à Going-to-the Sun Road. Malgré leur courte durée, les titres Can I Believe You et Maestranza se démarquent par leurs progressions d’accords atypiques ou leurs textures riches.

Bien sûr, les influences des années 60 demeurent bien perceptibles. On entend The Byrds sur l’onirique Jara, tandis que la très jolie I’m Not My Season pourrait presque passer comme une reprise de Simon & Garfunkel. En même temps, Pecknold n’a jamais caché son héritage musical, même qu’il rend ici hommage à tous ceux et celles ayant contribué à son éducation folk, de John Prine à Elliott Smith en passant par David Berman (Silver Jews, Purple Mountains), dans la touchante Sunblind :

« For Richard Swift, for John and Bill

For every gift lifted far before its will

Judee and Smith, for Berman too

I’ve met the myth hanging heavy over you ».

– Sunblind

En 2015, lorsque j’étais chroniqueur chez Camuz, j’avais signé un billet d’humeur pour critiquer la mode des albums surprises, dans la foulée de la sortie du Star Wars de Wilco et de Thank Your Lucky Stars de Beach House. Mon opinion sur le sujet s’est adoucie depuis, et je réalise mieux maintenant l’impact que peut avoir une telle sortie sur les plateformes d’écoute. Au final, c’est le résultat qui importe avant tout, et à ce chapitre, Shore des Fleet Foxes a rempli toutes ses promesses.

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