Critiques

Filter

Crazy Eyes

  • Wind-Up Records
  • 2016
  • 51 minutes
7,5

FilterEn plus d’héberger le Rock and roll Hall of Fame, l’état de l’Ohio est également réputé pour abriter bon nombre d’artistes rock tels que Nine Inch Nails, Pere Ubu, les Black Keys, Marilyn Manson et s’ajoute à cette liste, la formation industrielle, originaire de Cleveland, nommée Filter. Menée depuis le début des années 90 par Richard Patrick (ex-guitariste de tournée de NIN), Filter a un énorme succès à son actif: Hey Man Nice Shot tiré de l’album Short Bus (1995).

Je dois avouer que j’avais perdu la trace de Filter depuis plusieurs printemps déjà. Récemment, le groupe faisait paraître un nouvel album titré Crazy Eyes. Sur ce 7e album, Patrick a remodelé sa bande au grand complet sitedemo.caiguant une cure de jouvence plus que bienvenue à son projet. Loin d’être emballé de faire la critique de ce nouveau rejeton de Filter, est-ce que ce Crazy Eyes tient la route? Franchement? C’est l’une des plus agréables surprises de ce premier trimestre musical.

Patrick nous replonge dans une recette dite industrielle qui prévalait au beau milieu des années 90 tout en épiçant sa coutumière sauce de modernités rythmiques électros. Un pied dans la nostalgie, un autre dans la contemporanéité et à mon grand étonnement, c’est solide du début à la fin. Colérique, furieux, fiévreux, mélodiquement irréprochable, Crazy Eyes est un rouleau compresseur qui n’offre aucun répit à l’auditeur sauf en conclusion, avec l’acoustique/éthéré (Can’t She See) Head Of Fire, Part 2. Tout au long de l’écoute, j’ai pensé au classique Short Bus de la formation, mais ça demeure tout à fait pertinent malgré le plongeon évident dans un passé pas si lointain.

À certains moments, ça sonne bien entendu comme du vieux NIN, mais Patrick n’en a cure de ces éternelles comparaisons avec l’univers sonore de Trent Reznor. Je peux parfaitement le comprendre. Le bonhomme a côtoyé de près Reznor et les deux ont amorcé leurs carrières respectives sensiblement au même moment. Donc, pas de quoi fouetter un chat! Côté thématiques? Patrick s’attaque sans ménagement à l’incohérence du comportement humain; les dualités altruisme-égoïsme, amour-haine, guerre-paix sont constamment évoqués tout au long de l’album. Plus ça change, plus c’est pareil…

Patrick désirait créer un disque plus inventif, plus expérimental, plus déjanté et plus agressif. Eh bien, le créateur a réussi parfaitement son pari catapultant l’un des albums-surprises de 2016. C’est bon du début à la fin! Parmi les brûlots sur lesquels j’ai balancé frénétiquement la tête, on retrouve la très NIN intitulée Mother E, la référence aux assauts policiers meurtriers de Ferguson (et sur la personne de Michael Brown) titrée Nothing In My Hands, le rock cadencé Take Me To Heaven, la lourde et mélodique Pride Flag, la folie guitaristique en introduction de Tremors, le petit côté punk rock carré dans Kid Blue From The Short Bus, Drunk Bus ainsi que l’explosive Your Bullets.

Rassembleur, sans être racoleur, déflagrant, sans être d’une violence gratuite, ce Crazy Eyes est l’œuvre d’un vétéran inspiré par le chaos ambiant et qui a parfaitement traduit, à sa manière, l’atmosphère suspicieuse/paranoïaque qui prévaut actuellement chez nos voisins du Sud. En écoutant ce Crazy Eyes, vous aurez l’impression que la guerre civile est aux portes de l’Amérique.

Ma note: 7,5/10

Filter
Crazy Eyes
Wind-Up Records
51 minutes

http://officialfilter.com/about/

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