Critiques

Fcukers

Ö

  • Ninja Tune Records
  • 2026
  • 29 minutes
8
Le meilleur de lca

Le duo new-yorkais Fcukers (prononcé foqueuse) a été formé en 2022 par Shannon Wise et Jackson Walker Lewis, deux artistes qui se sont tannés du rock alternatif pour partir un band électronique. Ils ont publié Mothers en 2023, un premier simple complètement house qui combinait parfaitement la trame dansante de party avec une voix soprano. Wise a une façon de chanter quelque part entre le hip-hop et le R&B qui rythme super bien au-dessus de la masse musicale. Pas que la musique ne se démarque pas ici, mais la sonorité claire, un peu endormie, rêveuse et sensuelle de Wise fait toute la différence dans la combinaison.

Dans ce contexte, la magie opère sur chaque piste dès leur premier EP Baggy$$ (2024), fondé sur de la house, et construit autour du breakbeat, dancehall, trip hop et hip-hop vintage avec un niveau d’efficacité surprenant. L’étendue des sources d’inspiration fait en sorte qu’on retrouve autant un échantillon inversé de la guitare de I Can Only Give You Everything (également repris par Beck dans son succès Devils Haircut), qu’une boîte à rythmes 80s qui fait un clin d’œil au hip-hop d’Afrika Bambaataa. Cette curiosité leur permet de renouveler les codes de la house avec beaucoup de fun sur leur premier album Ö.

L’album a profité de la promotion de cinq simples à partir de juillet 2025, à commencer par Play Me, très bonne pièce drum & bass guidée par une basse monophonique acid. Mention spéciale à l’échantillon « I wanna rock right now » dans It Takes Two (1988) de Rob Base & DJ EZ Rock, trafiquée de manière à servir de backing vocal à Wise, qui plane au-dessus du mix.

I Like It Like That est particulièrement ensoleillée avec sa sonorité baléare, et déplace la piste de danse sur une plage méditerranéenne. La voix bien chill de Wise met en valeurs les paroles à propos d’aller à la plage pour fumer un bon joint et relaxer sur le bord de la mer.

Le troisième simple L.U.C.K.Y. tourne autour des lettres répétées par Wise au-dessus d’un beat nu-disco. Le groove s’approfondit à l’arrivée de la basse monophonique acid, qui en rajoute au refrain en devenant complètement saturée. Le résultat fait penser à une trame de course du jeu vidéo Gran Turismo mélangée à une séquence rythmique french house.

Beatback part dans la direction acid house en faisant évoluer une séquence autour des paroles, qui parle essentiellement de vouloir réécouter une bonne trame en boucle. La forme semble simple à la première écoute, mais révèle des détails qui rendent le groove particulièrement entraînant.

If you wanna party come over to my house augmente le tempo à un niveau minuit, lorsque la piste de danse est pleine. Le minimalisme des paroles et des variations déplace l’attention complètement sur le rythme, volume dans le tapis, bouchons dans les oreilles, et danse à quelques pas de la trance.

Les cinq simples focalisent beaucoup sur la partie dansante de l’album, une première moitié complétée par des pièces plus mélodiques et originales. C’est dans celles-ci que l’on découvre plus sérieusement le talent vocal de Wise, qui chante intuitivement sur tous les genres proposés ; du R&B ensoleillé de Butterflies au trip-hop de Feel the Real, en passant par le motif oriental de Shake It Up, le dub de TTYGF, le funk de Lonely et le drum & bass de Getaway.

Sans faire de comparaisons, la performance vocale de Wise fait penser à un mélange de Nina Persson (du groupe suédois The Cardigans) pour sa musicalité et de la légendaire Sade pour son timbre fumé et velouté. Deux qualités qui font un peu oublier la simplicité des arrangements, voire du design sonore, et la durée moyenne des pièces entre deux et trois minutes. Cette absence de profondeur ajoute un côté « f*ck it, because we don’t give a f*ck » centré sur le fait de se faire du fun maintenant, qui est cohérent avec le thème général des paroles en faisant référence à une fille qui fréquente un gars qui a une blonde.

Celles et ceux qui ont vécu la vague de house originale retrouveront certainement de bons souvenirs de party, avec suffisamment de clins d’œil réussis pour parler d’un hommage. Le duo semble également inspiré par la french house, pour ne nommer que Daft Punk et Justice, et ça ajoute une sonorité européenne à leur swag hippie chill new yorkais. Une combinaison parfaite qui peut autant être énergique que relax, et qui promet de faire danser tout le monde en concert. Ça tombe bien, ils seront à la SAT le 19 avril prochain. Ah oui, mention spéciale aux vidéoclips à 0$ de budget.

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