Critiques

Ezra Furman

All Of Us Flames

  • Anti- Records
  • 2022
  • 48 minutes
7,5

Je m’en confesse : j’ai découvert Ezra Furman tardivement. N’étant pas une admiratrice de Sex Education, la série Netflix dans laquelle elle signe la bande sonore depuis quelques saisons, je ne l’avais jamais réellement entendue. Quand j’ai écouté Point Me Toward The Real pour la première fois, premier extrait de ce long format, j’ai ressenti une forte émotion. Le genre de moment où l’on se dit : « Voir que je n’avais jamais entendu parler d’elle avant. » Par la suite, j’ai attendu chacun des extraits impatiemment, et aucun d’entre eux ne m’a déçue.

C’est pourtant avec appréhension que j’ai écouté All Of Us Flames. Parfois, les artistes utilisent leurs meilleures chansons comme extraits et il ne reste que ce qu’on appelle en bon français des fillers à découvrir sur l’album. Heureusement, ce n’est pas ce que me réservait ce nouvel album d’Ezra Furman, son premier depuis son coming out en tant que femme et mère trans. All Of Us Flames est le troisième et dernier segment d’une trilogie entamée avec Transangelic Exodus (2018) et Twelve Nudes (2019). Si on ne retrouve pas la même fougue que sur Twelve Nudes, on plonge dans quelque chose de réconfortant sur certaines pistes et sur un nécessaire appel à la solidarité.

Ce nouvel opus, Ezra Furman l’a écrit pendant les premiers mois de la pandémie. Elle prenait alors sa voiture et allait écrire dans des endroits isolés au Massachusetts. « Les chansons qui ont suivi s’orientent vers des idées de « communalité » et de réseau de soins, des systèmes de survie cultivés par nécessité chez des personnes qui en ont été historiquement privées », indique le communiqué de presse. « Je voulais faire des chansons à l’usage des communautés menacées, et notamment celles auxquelles j’appartiens : les trans et les juifs », précise la musicienne. C’est ainsi que sont nées des chansons comme Train Comes Through qui installe l’ambiance de l’album en parlant de la communauté juive et Throne, qui met de l’avant l’organisation d’une communauté, en cas de grave nécessité.  

« J’ai commencé à penser aux femmes transgenres comme à une société secrète à travers le monde : éparpillées partout, mais si manifestement liées les unes aux autres, tant par leur vulnérabilité que par leur vision commune de changer un élément fondamental de la société patriarcale », explique Furman par voie de communiqué. Cette vision explique la création de Lilac And Black, notamment, probablement l’une des chansons les plus puissantes de l’album. Elle y développe l’idée que les femmes queer forment un gang qui arbore ses couleurs (le lilas et le noir) et qui se prépare à l’affrontement.

La pièce s’ouvre somme toute en douceur, en formule piano-voix. Après le premier couplet, une guitare abrasive se fait entendre, comme pour illustrer la menace qui plane sur le « queer girl gang » de l’autrice-compositrice-interprète. D’ailleurs, le fait qu’Ezra Furman ferme ses consonnes à la fin de chaque strophe de son refrain, et que ces dernières aient une sonorité plutôt percutante, confère une certaine menace à la chanson. On sent qu’elle n’entend pas à rigoler. Bien que je n’appartienne pas à la communauté trans ni queer, je considère que Lilac And Black est un hymne puissant.

So now we’re into territory we’ve been in before
End the preparations and begin the war
The streets of this city’s what we’re asking for
And we’ll take ’em if they’re not given
We’re never coming back
We wear the lilac and black
We’re out here on the attack
We wear the lilac and black
No, we might not make it back
But we wear lilac and black
We leave no trace you can track
We wear the lilac and black

Lilac And Black

Bref, bien qu’Ezra Furman se soit assagie vocalement sur All Of Us Flames, on y retrouve à la fois un côté revendicateur et réconfortant qui ne peut que faire du bien aux cœurs à la sortie de ces deux années pandémiques.