Critiques

Enfant Magique

Le temps lent

  • Indépendant
  • 2021
  • 42 minutes
7

Dix ans après la parution de L’art d’enfiler les pearls, le troisième album du projet solo d’Éric Gingras (Fly Pan Am et Pas chic chic), un nouvel album intitulé Le temps lent a finalement été dévoilé, le 5 février dernier. On retrouve un univers folk-trad minimaliste aux emprunts à la musique ambiante, avec une touche expérimentale. Enregistré et mixé à la maison, puis masterisé par Harris Newman au Grey Market Studio, l’album aux atmosphères figées semble être d’une simplicité désarmante. La gratte d’une guitare sèche, une voix poétique et des bruits de robots ; c’est tout ce qu’il faut pour concevoir une œuvre faite main aussi unique. Le temps lent gruge les rudiments de la musique traditionnelle par ses mélodies enchanteresses et répétitives, dont la lenteur et la monotonie peuvent parfois faire rugir. Pourtant, c’est cet alanguissement qui fait la force du projet.

L’écho et le chevauchement des voix s’étalent dans une acoustique intime et imparfaite. À travers les rythmes délicats d’une guitare acoustique se pose une voix fragile et lucide dont chaque note est poussée minutieusement. Éric Gingras nous propose une écriture réflexive et désenchantée, un peu comme le travail littéraire de Stéphane Lafleur d’Avec pas d’casque. C’est une poésie de l’instant présent, tangible et accessible, un brin rêveuse et invariablement lumineuse.

Puis, à ce penchant folk s’ajoute une ambiance musicale teintée d’expérimentation. Cette ambiance qui, parfois si forte, peut dominer sur la mélodie tout en demeurant malléable et imprévisible. Elle dégage une aura hors du temps, bercée par des bourdonnements spatiaux, des signaux d’alarme et du bruitage synthétique. C’est un peu comme rêver à l’espace dans un lieu clos. Parmi tous ces fragments, on peut aussi se retrouver coincé à travers des boucles mélodiques. Parfois inquiétantes, parfois apaisantes, mais toujours incassables. Enfin, tous ces éléments coexistent, créant l’univers d’Enfant Magique. C’est fou ce qu’on peut faire chez soi avec du temps et un bel entourage.

C’est sans contredit un projet qui porte bien son nom, puisque pour l’apprécier à sa juste valeur et pour en déceler tous ses ornements, il faut prendre son temps. Se laisser porter par les propositions, sans accomplir mille et une tâches au même moment, c’est une bonne manière de s’y abandonner.