Critiques

Duster

Together

  • The Numero Group
  • 2022
  • 48 minutes
8
Le meilleur de lca

Malgré son nom méconnu et sa musique anxiogène, Duster vit une belle renaissance discrète. C’est dans l’obscurité que le trio californien a sorti quelques EPs ainsi que deux albums respectivement en 1998 et 2000 avant de disparaître dans la brume, et c’est en raison de la présence en ligne de ses œuvres que sa popularité a continué à grandir. Grâce à un bouche à oreille et à une envie nouvelle de créer de la musique, Duster est revenu à la vie vingt ans plus tard avec l’album homonyme en 2019 et puis avec Together cette année. Celui-ci se compose encore une fois de son style lo-fi typique, de slowcore, d’indie rock et de space rock bien maîtrisés et dosés. 

Sur Together, et comme à son habitude, Duster ne produit pas de grands succès, mais plutôt une expérience mélancolique complète. Il s’agit du genre d’album dont la qualité constante et l’esthétique mystérieusement séductrice donnent envie de ne jamais interrompre la lecture. Les chansons sont toutes aussi importantes les unes que les autres au point où le groupe a produit des vidéoclips pour chacune d’entre elles. 

Et comme toujours, Duster baigne dans un style très personnel : un chant agonisant, des paroles cathartiques, un son lent et bruyant ainsi que des mélodies contemplatives et ténébreuses. Le genre de musique parfaite pour s’écraser le visage contre la fenêtre en fixant la pluie qui détient quelque chose pour soulager une personne déprimée ou pour déprimer une personne heureuse. Bref, un son qui se situe à peu près à mi-chemin entre la dépression de Slint et l’indie lo-fi des débuts de Modest Mouse. 

Aucun temps mort ni chanson superflue n’est présent sur Together. Tout est bien à sa place dans cet ensemble cohérent duquel ressortent deux moments forts : Feel No Joy et Familiar Fields. La première se distingue par sa puissante instrumentation riche et étrangement accrocheuse, mais également par la voix noyée dans un bain d’effets et par la poésie difficile à déchiffrer, mais représentant bien le titre :

How small and sad this life is

These tiny restless thoughts

– Feel No Joy

Pour sa part, Familiar Fields offre une mélodie planante, une voix douce désabusée et des paroles mélancoliques, le tout sur un fond de musique perçante et chaotique. Bref, une douceur aussi poignante que libératrice :

If you could hold on to this

I thought we lost it long ago […]

And I thought we had forever and that we would have it all

– Familiar Fields

C’est bel et bien l’atmosphère tourmentée et envoûtante qui règne, que ce soit avec la musique planante enterrant la voix plaintive sur N, les lamentations sur la musique cafardeuse de New Directions I forgot the fuck it days and fuck it nights / Rays of instinct drift to doom ») ou le ton maussade sur le thème spatial de Teeth (« A wicked glow arrives from numberless time / And the stars seem closer than you do »). Malgré toute cette morosité, Duster offre de rares moments plus sereins comme Sleepyhead, des instants rythmés voire joyeux comme Retrograde, mais surtout une exploration psychédélique dans laquelle le groupe excelle. En effet, la combinaison de musique aérienne et post-rock sur Sad Boys et Escalator permet de respirer un peu à l’écoute de cet album qui serait autrement trop lourd. 

L’intérêt de Duster découle notamment de la qualité de ses chansons, enregistrées de façon DIY loin des gros studios, mais également de sa constante aisance à mélanger différents sous-genres et à produire des mélodies aussi rêveuses que désenchantées. Sur Together, le trio continue de faire ce qu’il fait de mieux : un style aigre-doux parfois demandant, mais souvent réconfortant. Ce satisfaisant voyage dans le monde gris de Duster prouve que ce groupe plus populaire aujourd’hui qu’à ses débuts mérite cette nouvelle petite réputation.