Critiques

Deerhoof

Future Teenage Cave Artists

  • Joyful Noise Recordings
  • 2020
  • 36 minutes
7

On ne peut pas en vouloir à Deerhoof de sonner comme du Deerhoof. Le quatuor, originalement de San Francisco, mais aujourd’hui éparpillé dans différentes villes étatsuniennes, fait du rock de la meilleure façon qui soit, c’est-à-dire en ne sonnant comme personne d’autre. Par la force des choses, il sonnera donc toujours comme du Deerhoof. Et avec autant de matériel lancé (16 albums officiels, plus des minialbums, du live et des collaborations), les fans auront une assez bonne idée de ce à quoi il faut s’attendre d’un nouvel album.

Ce à quoi il faut s’attendre, c’est des compositions imprévisibles, une indépendance farouche et une énergie créative exacerbée par les limites monétaires et matérielles. C’est ce son malléable et particulier influencé autant par Led Zeppelin que par Derek Bailey. On finit toujours par détecter un certain fil conducteur aux albums de Deerhoof, intentionnel ou non, et certains de ses albums ont été plus aventureux que d’autres. Future Teenage Cave Artists n’est pas leur plus téméraire, il couvre un terrain en grande partie déjà maintes fois parcouru par le groupe, mais on ne s’en plaint pas tant que Deerhoof ne perd pas la forme et arrive à marquer quelques gros points, et c’est le cas ici autant que ça l’a été à n’importe quel autre moment des 10 dernières années de son existence.

Future Teenage Cave Artists est grouillant de vie, beaucoup de ses mélodies sont curieusement efficaces, et les structures rythmiques et les arrangements sont aussi obliques et entraînants que toujours avec Deerhoof. Parce que le groupe fait une bonne partie du travail d’enregistrement lui-même, la facture sonore est uniformément rude et grinçante, tout le contraire d’une réalisation léchée, mais ces musiciens connaissent maintenant très bien leurs forces et leurs faiblesses, et leur côté bric-à-brac fait indéniablement partie de leur charme. 

Malgré toutes ces qualités si particulières, il y a un passage de plusieurs chansons au centre de l’album qui passe sans laisser de traces mémorables. Ça regorge d’idées, on passe vraiment un bon moment, mais je ne saurais pas dire une demi-heure plus tard ce qui s’y passe, à part que ça sonne comme du Deerhoof. Il y a heureusement quelques moments forts et des pièces qui s’inscriront certainement dans les setlists futures du groupe (si les setlists existent encore passé 2020, bien entendu). Il y a O Ye Saddle Babes, particulièrement inventive, il y a la pièce-titre, qui ouvre l’album et qui comprend certaines des mélodies les plus tenaces de tout l’album, et il y a la jolie The Loved One. La finale instrumentale au piano est aussi une belle surprise, mais ce qui vaut le plus le détour est la jouissive avant-dernière pièce : Damaged Eyes Squinting into the Beautiful Overhot Sun. C’est une pièce somme toute plutôt simple, mais Deerhoof s’y laisse asséner un grand coup de rock aussi mélodieux que bruyant. 

Les fans devraient être satisfaits par Cave Artists, mais c’est normal : Deerhoof ne nous a encore jamais donné de raison de ne pas l’être. Pour les novices et les curieux, Future Teenage Cave Artists n’est pas le meilleur point de départ, mais ce n’en est pas un mauvais non plus. Trempez-y un orteil, vous risquez fort de vouloir plonger.