Critiques

Dead Rider

Chills On Glass

  • Drag City
  • 2014
  • 36 minutes
7

large_DeadRider_ChillsOnGlassDead Rider est le véhicule musical du guitariste et chanteur Todd Rittmann, qui était le moteur de la formation U.S. Maple de 1995 à 2007. Pour ceux qui ont apprécié cette formation, c’est un argument suffisant pour tendre l’oreille. U.S. Maple était un des grands groupes empêcheurs de tourner en rond de son époque, le spécialiste du coitus interruptus musical, retournant à l’envers tous les clichés du rock pour le rendre déroutant sans lui faire perdre son tonus. U.S. Maple s’est attiré des comparaisons tant à Captain Beefheart pour son iconoclasme, qu’à Jesus Lizard pour sa vigueur malsaine, mais aucune comparaison ne peut adéquatement décrire le style singulier étalé sur ses cinq opus, notamment sur le frappant premier album Long Hair in Three Stages.

Todd Rittmann était le principal architecte de cette approche unique (à preuve: le projet du batteur Pat Samson et du guitariste Mark Shippy, Miracle Condition, n’avait pratiquement rien en commun avec son antécédent). Rittmann utilise Dead Rider pour dérouter et confondre d’une façon similaire à son ancien groupe, mais en faisant équipe avec des musiciens techniquement plus doués et en nappant ses compositions de manipulations numériques. Si on associe habituellement les astuces de postsitedemo.cauction à l’auto-tune et à la correction de défauts, il faut bien mal connaître Rittmann pour s’attendre à ce qu’il fasse la même chose. Ici, les outils numériques servent à hachurer et faire hoqueter des chansons déjà imprévisibles.

Les acolytes de Rittmann (le saxophoniste Noah Tabakin, la claviériste Andrea Fraught, le batteur Matt Espy) savent donner une empreinte nette, musclée et curieusement séduisante aux chansons funk-rock de Rittmann. Le groupe se permet même de faire durer certaines ambiances pendant une minute ou deux, au lieu de faire comme d’habitude et de bousculer l’auditeur toutes les cinq secondes.

Il faut un esprit un peu particulier pour aimer passer du temps dans le monde de Dead Rider pendant quelques chansons, sans parler d’un album entier. Étant donné que l’identité musicale du groupe repose surtout sur la négation des clichés du pop rock, il faut un certain niveau de misanthropie pour s’y sentir à sa place. Ceux pour qui c’est le cas tireront un malin plaisir de ces pièces qui se postent à la frontière entre l’électro-rock sensuel et le profond malaise.

Ma note : 7/10

Dead Rider
Chills On Glass
Drag City
36 minutes

www.deadrider.us/

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