Critiques

Daniel Bélanger

Mercure en mai

  • Secret City Records
  • 2022
  • 33 minutes
8
Le meilleur de lca

Daniel Bélanger revient avec Mercure en mai, son dixième album en carrière. Il le présente près de deux ans après Travelling, un album instrumental qui tanguait plus du côté de la musique de film. Depuis, il a effectivement fait de la musique de film puisqu’il a composé celle de Confessions, le dernier de Luc Picard. Il a aussi écrit un recueil de poésie : Poids lourd. Il a dit à la collègue Josée Lapointe dans La Presse : « Ça m’a fait autant de bien que mon album instrumental. La poésie, c’est la liberté totale, à l’intérieur de certaines contraintes. » On peut dire que ce « bien » duquel parle Daniel Bélanger se traduit sur album avec Mercure en mai.

Ce nouvel album donne la même impression que Paradis City de Jean Leloup. C’est difficile vivre avec un gros succès populaire comme auteur-compositeur-interprète. Forcément, tout ce qu’on fait par la suite y sera comparé. C’est le cas pour Jean Leloup qui a eu le « malheur » de créer Le dôme et c’est aussi le cas pour Daniel Bélanger qui a inscrit ses notes dans l’éternel avec les albums Quatre saisons dans le désordre et Rêver mieux. Mais comme Jean Leloup qui retrouvait un peu d’air après avoir exploré de nouvelles avenues avec Paradis City, Daniel Bélanger renoue avec des sonorités qui nous sont familières sans faire de redite sur Mercure en mai. Tout à fait franchement : c’est un excellent album.

Avec Mercure en mai, on a l’impression aussi que Daniel Bélanger concentre les différentes avenues musicales et textuelles qu’il a prises dans le passé. Sur Dormir dans l’auto, il couche la phrase qui résume le mieux sa discographie depuis le début : « La vie est belle, mais parfois rude ». Ces paroles rappellent la dichotomie qu’on retrouvait sur Quatre saisons dans le désordre, celles dures de Cruel (Il fait froid, on gèle) qui côtoient l’amour fou de Les deux printemps. Musicalement, il se permet à la fin de la chanson une petite aventure qui n’est pas sans rappeler Intouchable et immortel sans se lancer dans un réel jam. Est-ce que ce lui-ci pourrait arriver en concert? Probablement. Ce serait logique d’étirer la sauce groovy de la fin de la chanson.

On retrouve aussi la simplicité qui a souvent frappé fort chez Daniel Bélanger. Avec Joie, il n’y a qu’une guitare pour une bonne partie de la chanson et sa voix qui se permet des moments poignants qu’on n’avait pas entendu depuis longtemps chez Bélanger. Cette simplicité efficace, on la retrouve aussi sur Au vent des idées qui ouvre Mercure en mai. Il y couche aussi une excellente mélodie qui accroche l’oreille.

Malgré les rappels qui sont clairs sur Mercure en mai, Daniel Bélanger ne s’empêche pas pour autant de s’amuser en allant ailleurs. Il le fait sur la dansante Avec des fleurs, un hymne à la paix dans les relations humaines qui pourraient tout aussi bien rappeler les horreurs de la guerre qui se déroulent en ce moment sur la planète. Cet appel à l’unisson est aussi présent sur Il faut s’accorder qui invite à s’entendre et accepter la différence. Tout ça pour se créer une « toute petite Californie ». Il offre aussi une pièce instrumentale qui swing avec Oh no !!!, un drôle d’intermède qui n’est pas déplaisant.

Franchement, c’est un retour très convaincant en album pour Daniel Bélanger qui propose son assemblage de chansons les plus convaincantes depuis la sortie de Rêver mieux. On le sent libre dans sa manière de composer et d’écrire. Cette liberté, elle est belle à entendre et donne espoir… comme une journée douce du mois de mai après des mois de froideur.