Critiques

Dan Mangan

Being Somewhere

  • Arts & Crafts
  • 2022
  • 31 minutes
8
Le meilleur de lca

L’auteur-compositeur Dan Mangan n’a pas trop perdu de temps après ses précédentes sorties — Thief (2020), un collectif de reprise, et More or Less (2018) —  pour retourner en studio. Signé avec Arts & Crafts, il propose cette fois-ci Being Somewhere, un album aux sonorités plus variées qu’à l’accoutumée.

Sous la direction de Drew Brown (Beck, Radiohead), cet album réalisé majoritairement à distance représente un léger changement de cap pour Dan Mangan. Réunissant de nombreuses collaborations musicales de partout en Amérique du Nord, du Royaume-Uni et même du Japon, Being Somewhere est musicalement plus audacieux que ses précédents albums.

Mangan est reconnu pour ses envolées livrées avec adresse. L’entrée en matière frappe fort avec All My People et Fire Escape qui sont aisément les chansons incontournables de l’opus avec leur énergie et leurs percussions très présentes. Deux pièces qui nous font momentanément oublier la grisaille de l’automne. S’ensuit le joli extrait Easy, un peu plus nerveux, avec ses légers coussins harmoniques et la voix presque chuchotée de Mangan, ainsi que la sympathique Just Know It avec son délicat doigté au piano. Une chanson qui nous reste en tête. C’est vraiment un début très convaincant que nous offre Dan Mangan.

Partout sur l’album, Mangan se démarque et vient nous chercher avec sa voix bien calibrée et pleine d’émotion, ce qui ajoute beaucoup à la profondeur des pièces. Cette approche porte fruit sur All Roads et la tendre et intime à souhait In Your Corner (For Scott Hutchison), une chanson dédiée au chanteur du groupe Frightened Rabbit décédé en 2018, en réponse à leur chanson Woodpile.

So come find us if you can
We’ll be unified and sad
We’ll be in your corner
Leave a light on when it’s bad
We will congregate and make a plan
And we’ll be in your corner
We’ll all be in your corner

In Your Corner (For Scott Hutchison)

Plus captivantes en ce qui concerne les arrangements, les harmonies vocales et les effets, les pièces Long After, Wish I Was Here et No Tragedy Please, où l’instrumentation électronique est davantage présente, se défendent très bien dans l’univers habituellement folk de l’artiste. Chaque note a son importance dans la création de l’ambiance.

Avec seulement 9 chansons, Being Somewhere pourrait paraître un brin court. Cependant, il est tellement varié qu’on peut tout simplement l’apprécier pour ce qu’il représente. C’est un long format concis et d’une grande profondeur qui se bonifie à chaque écoute, si on lui laisse la chance bien sûr.

Avec ses textes souvent touchants et son talent brut, Dan Mangan sait captiver, émouvoir et fédérer sans perdre une seule once de pertinence et de véracité. Sur Being Somewhere, il accomplit le travail avec une concordance certaine et fournit un effort plus qu’honnête. Il expérimente tout en connaissant parfaitement ses limites, et ce, sans perdre de vue son indéniable talent d’unificateur.

Pour citer l’artiste lui-même joint par texto, il aimerait que « cet album soit perçu comme une étreinte réconfortante d’un bras autour de la nuque comme Chris Chambers fait constamment à Gordie Lachance dans le film Stand by Me, comme une sorte de présence familière qui vous fait sentir compris ».

Est-ce que ce que ce nouvel album atteint la cible? Oui, très certainement.