Critiques

Fabrizio Rat

The Pianist

  • Blackstrobe Records
  • 2017
  • 38 minutes
6,5

Fabrizio Rat est un pianiste et compositeur italien établi en France depuis quelques années. Il a fait paraître des albums comme membre de Magnetic Ensemble et de Cabaret Contemporain ainsi qu’en solo avec deux EPs sortis dans la dernière année, La Machina (2016) et Technopiano (2017). Rat fait partie d’un mouvement grandissant de musiciens de formation classique qui utilisent les instruments acoustiques comme base à de la musique électronique. Dans le cas de The Pianist, son premier album solo, Rat utilise un piano préparé (dont certaines cordes sont « pimpées » pour sonner différemment), une boîte à rythmes et un synthétiseur analogique pour nous proposer des pistes technos teintées d’acid house et de EBM.

Lupu démarre sur une boucle formée d’un duo tonique/tierce en passant rapidement du mineur au majeur, et ponctue en même temps avec la quarte et la tierce à l’octave. Le kick techno et la ligne de basse acid house solidifient le rythme. La pièce devient dynamique et entrainante bien qu’un peu trop linéaire sur le plan mélodique. Michelangeli ouvre similairement sur deux notes en quarte avec leurs bémols, placées en arpège descendant comme un flot qui coule sur une pulsation techno. On remarque davantage les harmoniques créées par les impacts des marteaux sur les cordes préparées; une deuxième mélodie accompagnée par une trame de fond étouffée. Le rythme-jungle de Horowitz s’intensifie pendant que le piano tourne autour d’un accord de septième de dominante à demi diminuée, genre. La résolution à mi-chemin fait apparaître un fa dissonant qui joue à la fausse note. Gould paraît plus lente au début, roulant également sur un accord de septième de dominante à demi diminué, mais joué à deux mains cette fois-ci; le rythme s’alourdit ensuite jusqu’à ce que la pièce s’engouffre dans les effets.

Aimard repart sur une trame techno plus dense qui supporte un jeu presque frénétique sur deux notes, en duo avec leur tierce; un quatuor qui change de séquence à mi-chemin sur le même genre de trame de fond étouffée entendue plus tôt. Pollini commence autrement avec une séquence de basse analogique acid house. La rythmique légèrement salie laisse tout de même de l’espace à l’accord diminué dont la tierce oscille entre le majeur et le mineur. Argerich part sur un duo tonique/tierce et une belle palette d’harmoniques réverbérant au-dessus d’un rythme EBM, la note grave et les contretemps sont particulièrement les bienvenus. Rubinstein ralentit le tempo et revient à la septième dominante à demi diminuée; les scintillements aigus contrastent avec l’onde analogique dissimulée dans les basses pour conclure dans une atmosphère sous-marine.

The Pianist se démarque par son concept original de piano préparé joué au-dessus de rythmes électroniques et de lignes de basse analogiques. Cette grande qualité est néanmoins mise au défi par un niveau de répétition tel que certaines pièces s’en retrouvent aplaties. Il y a peu (ou pas) de résolutions aux tensions créées par le piano, et bien que les harmoniques soient très intéressantes. Leur subtilité ne s’accorde pas toujours avec les rythmes survoltés. Ceci dit, The Pianist reste un excellent concept qui s’apprête probablement mieux dans un boiler room que dans une écoute de chambre.

Ma note: 6,5/10

Fabrizio Rat
The Pianist
Blackstrobe Records
38 minutes

http://www.fabriziorat.com

Exprimez-vous!





Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.