Critiques

CRi

Juvénile

  • Anjunadeep
  • 2020
  • 42 minutes
7,5

La capacité du jeune compositeur et producteur CRi à maîtriser l’émotivité, au profit de la musique électronique, est ce qui le rend aussi unique. Tout en y conservant les codes de l’électro, on découvre un disque aux mélodies pop accrocheuses, aux rythmes cassés et définis et à une esthétique house subtile, mais bien présente. Derrière Juvenile se cache un réel désir de la part de l’auteur de démocratiser sa musique. Ses nombreuses collaborations avec des artistes québécois aux styles dissemblables nous prouvent que la musique dite électronique peut compléter et même enrichir n’importe quels genres musicaux. À la manière de Moby, CRi arrive à créer un son à la fois épuré et complexe et dont la transmission des émotions nous apparaît toujours intime et instinctive.

Plusieurs titres de Juvenile sont tirés du EP Signal déjà paru et ce premier album juxtapose judicieusement ceux-ci avec des nouveautés afin de provoquer un sens narratif et cinématographique propice à faire évoquer des images et à ouvrir l’imagination. Peut-être est-ce uniquement causé par la pandémie, mais l’album fait aussi découler beaucoup de sentiments nostalgiques.

Il y a cette urgence de vivre dans Runaway, première pièce qui instaure complètement l’ambiance de l’album. Chanson dansante à la mélodie accrocheuse, on s’imagine en fuite sur l’autoroute à la noirceur. Jesse Mac Cormack se transforme en chanteur pop durant deux chansons, Never Really Get There, pièce électro-pop efficace contenant toute l’énergie qu’une piste de danse peut procurer et Faces, qui se veut dans la même veine, mais en plus dansante et explosive. On peut facilement les imaginer jouer dans de grands festivals de musique.

Friends In Secret nous plonge dans une évolution rythmique, précise et étoffée, tandis que Strangers, pièce dotée d’une mélodie plutôt spatiale, vient relâcher la tension accumulée durant Friends In Secret et aussi durant la pièce From Me, élevée par la chanteuse Bernache. L’accord voix-électro prend tout son sens dans la fabuleuse chanson Signal, où la voix réconfortante et énigmatique de Daniel Bélanger habille la trame aux rythmes et aux élans nuancés. Naissance, pièce d’une complexité naturelle, fait sortir quelque chose de lumineux et d’épique. Contrairement aux autres titres de l’album, celle-ci ne donne pas envie de danser, mais bien de s’arrêter un moment pour mieux l’écouter. 

La collaboration avec Robert Robert a engendré Rainfall, chanson qui marie le dance et la house avec minutie. Suit Proud qui, avec sa mélodie évocatrice, arriverait à faire danser n’importe qui. L’album se termine par Love Spirit, courte pièce soulevée par l’envoûtante Sophia Bel qui nous enveloppe dans un cocon d’émotion déterminé par une gradation d’intensité sonore. Naviguant entre puissance et silence, les envolées et les suspensions sont des forces constantes chez CRi