Critiques

Clocolan

Empathy Alpha

  • Redpan
  • 2022
  • 41 minutes
7,5

Clocolan est le projet solo du compositeur et producteur sud-africain Emlyn Ellis Addison, qui a publié un EP dès 2015 et un superbe premier album en 2017, Nothing Left to Abandon. Sur le coup, la direction artistique donnait une impression de suite cosmique à Tomorrow’s Harvest (2013), dernier album de Boards of Canada. En exagérant le lien, on pouvait même en déduire que la récolte avait effectivement eu lieu et qu’il ne restait plus rien à extraire de la planète avant de partir vers la prochaine.

C’est néanmoins sur terre, en équilibre entre l’espoir et la nostalgie, que l’histoire s’est poursuivi sur It’s Not Too Early For Each Other (2019) et This Will End In Love (2020), avec un attachement bien ancré dans les percussions électroniques. Cela dit, jusqu’au départ officiel dans l’espace à partir de op+errata (2021), dont l’absence de boîte à rythmes a fait place à une trame subtile d’appareils technologiques. On retrouve cet univers créatif sur le raisonnablement dystopique Empathy Alpha, cinquième album divisé en cinq scènes d’un moyen métrage rétrofuturiste, produit en collaboration avec des acteurs et actrices vocales.  

Empathy (alpha) ouvre sur une itération dissonante, comme l’écho rapide d’un orchestre par-dessus lequel s’installe une épaisse séquence analogique à l’intention épique. Le thème transite progressivement vers une scène dans laquelle une docteure fait passer un test à une jeune fille, et sur le fait qu’elle ne se rappelle pas ce qu’elle ressent. La scène passe à une seconde itération plus ronde et basse aérée par une strate vaporeuse, jusqu’à ce que la ligne mélodique soit doublée en un motif italo-disco sans boîte à rythmes.

Holm recréer le vide spatial dans lequel un satellite artificiel capte le message radio d’un astronaute perdu, enveloppé dans une fumée sonore réverbérée comme des filaments de notes qui s’étirent et disparaissent. La scène s’éloigne lentement, comme pour représenter l’astronaute qui disparaît au loin et conclut sur une séquence plutôt synthwave.   

Infirmity nous déplace dans une salle d’interrogation dans laquelle un vieux scientifique raconte comment le monde a pris fin, et pourquoi l’humain n’a rien pu faire. La trame reproduit agréablement les oscillations des différents appareils électroniques, comme des panneaux de contrôle de vaisseau spatial qui improvisent une mélodie. Un scintillement de percussion asiatique retentit à différents moments du dialogue, et apporte une profondeur mystique à la scène.    

Eve of the Dark Sky passe à une autre salle d’interrogation dans laquelle une docteure demande des détails à une femme, dont la dernière mémoire remonte à son adolescence, et les dernières instructions à suivre dans la capsule de sauvetage. La première partie fait place à une séquence analogique dense, presque maximaliste, comme un interlude épique qui fait le lien avec la deuxième partie.

Five Seven Three s’étire dans les basses analogiques, s’éloignant assez rapidement pour être remplacé par un scientifique qui interroge un appareil sur fond de bruits de bureau. L’appareil analyse une base de données, la décode et la traduit en motif mélodique, qui fait suite aux oscillateurs comme un thème qui n’a pas été joué depuis mille ans. Le scientifique approuve, et la pièce conclut sur une note mélancolique, voire post-apocalyptique.

Le moyen métrage se termine, et l’effet immersif laisse une sensation d’expérience humaine partagée, un sentiment d’empathie envers les personnages représentés. La collaboration entre Addison et les acteurs et actrices fait toute la différence, et n’aurait certainement pas créé le même niveau de présence avec des échantillons sortis de films de science-fiction. Musicalement, la synthèse analogique fait un adorable clin d’œil aux années 70 et 80, et possiblement à Moroder et Vangelis, tandis que les effets et objets sonores trouvés complètent les décors dans les moindres détails.