Critiques

Clark

Kiri Variations

  • Throttle Records
  • 2019
  • 37 minutes
7

Depuis sa première sortie en 2001, Clark est devenu un représentant majeur de la vague IDM, propulsé par la notoriété de l’étiquette Warp et par sa capacité à se renouveler d’un album à l’autre. Comme tout artiste qui prend des risques, il y a eu des passages qui ont laissé une impression de recherche et développement, un phénomène relativement normal si on compare à de l’EDM. Néanmoins de cette recherche est ressortie des albums phares comme Turning Dragon (2008) et Clark (2014), qui ont fait évoluer le projet en marque maison lors des soirées électroniques et rassemblements artistiques. À travers ce succès, Clark a eu envie d’ajouter une nouvelle corde à son arc, soit de composer des trames sonores pour des séries télévisuelles. Ce nouveau sillon l’a amené à publier The Last Panthers (2016), Rellik EP (2017) et Kiri Variations en juillet dernier, une troisième occasion de découvrir la facette plus atmosphérique de Clark.   

Un échantillon d’expiration et séquence au piano ouvre Forebode Pluck, avec un accent sur les bruits de manipulation et la réverbération de la pièce. La séquence prend de l’ampleur en passant au clavecin / dulcimer, et redevient douce en duo piano et violoncelle. Simple Homecoming Loop commence au loin, tout en réverbération, pour se rapprocher ensuite comme un passage de concerto avec le piano en solo en avant des cordes et de la toile de fond dissonante. Bench reprend la séquence mélodique à la basse pendant que le violoncelle répète une jolie boucle ponctuant la ligne ascendante avec la descendante. La conclusion met fin au mouvement et passe à une trame montée comme des vagues frappant un rocher.

Kiri’s Glee ouvre sur une séquence aux cordes jouées en pizzicato, accompagnée ensuite par la flûte et les percussions. Le violoncelle prend le relais en apportant une certaine gravité, pour retourner dans la légèreté avec les cordes pincées et le clavier réverbéré. Ça se termine de façon rythmique avec claquement de doigts et mains. Le piano et les voix ouvrent Coffin Knocker délicatement, laissant une partie de la mélodie flotter en réverbération à l’arrière jusqu’à ce que la ligne mélodique s’installe brusquement aux cordes. Une petite section au chant vient conclure le tout, même si ça aurait pu évoluer dans une autre direction. Forebode Knocker reprend l’idée des cordes pincées, les voix revenant de façon courbée, imitant une sorte d’étirement pendant que le piano apporte tout juste la bonne quantité de dissonance. Le mélange crée une atmosphère inquiétante qui s’épaissit progressivement comme du brouillard. Yarraville Bird Phone se déploie mollement au piano, comme un gramophone ayant de la difficulté à conserver sa vitesse. L’ouverture laisse la place à un segment plus percussif, et se densifie soudainement avec des notes bien rondes aux cordes, annonçant la mélodie vocale montée à partir de l’expression ‘hold on’.

Primary Pluck reprend le thème des cordes pincées intensément, commençant avec un peu d’agressivité pour ensuite passer à une séquence plus planante, avec voix d’enfants et cordes jouées en glissando, et ainsi retourner à la corde pincée en solo avec réverbération rockabilly. L’épaisse couche de clavier ouvre Flask/Abyss de façon thérapeutique, montée comme une suite de vagues décorées par une mélodie cristalline dans les hautes. Inspirer…expirer…vos bras sont lourds…l’impression de détente est réussie même si c’est un peu simple musicalement. Tout ça se dépose rendu à Tobi Thwarted, qui prend le temps de respirer entre les accords de piano, s’intensifiant à chaque renouvellement de boucle et culminant avec un violoncelle collé contre l’oreille et un filament de clavier stratosphérique.

Cannibal Homecoming coupe ça abruptement avec sa séquence rythmique lourde et saturée, qui contraste grandement avec le duo de voix enfantines. La séquence suivante apporte une sorte de résolution apaisante offerte en mini chorale avec l’ajout de la voix masculine. La très réverbérée Banished Hymnal continue sur le même ton comme un fluide qui s’échappe dans l’espace, se dissipant en particules dissonantes. La corde de violon frottée de Banished Cannibal change complètement de distance en collant l’oreille sur la fibre vibrante. Le piano et le violoncelle viennent supporter mélodiquement le violon un peu comme la respiration d’un accordéon, répétant la séquence en variant sur le niveau de présence de chaque glissando. La chorale d’enfants ouvre Goodnight Kiri de façon théâtrale, comme la dernière scène d’une pièce jouée dans le gymnase d’une école primaire, avec le pianiste placé sur le côté.

Le dixième album de Clark désoriente un peu à la première écoute, mais finit par s’apprivoiser facilement si on a Iradelphic (2012) et The Last Panthers (2016) en tête. C’est qu’il n’y a pas vraiment de pièce comme Unfurla ou Butterfly Prowler pour donner un électrochoc rassembleur en début d’album, comme l’artiste l’a si bien fait auparavant. On se retrouve plutôt dans une introspection de trame sonore de série télévisuelle qui approfondit les thèmes à partir des échantillons d’instruments acoustiques et de voix utilisés dans la session originale. Dans ce contexte, l’album se démarque davantage dans la qualité du montage et la manipulation des échantillons, reléguant presque la totalité des thèmes à des séquences mélodiques qui tournent en boucle. Ça laisse un effet d’étirement qui aurait pu être évité sur un maxi, mais ça reste néanmoins un album (court) de Clark, argument largement suffisant pour l’écouter quelques fois.

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