Critiques

Claire Dickson

Balance

  • New Amsterdam
  • 2026
  • 30 minutes
8
Le meilleur de lca

Avec Balance, son troisième album paru chez New Amsterdam Records, la vocaliste, compositrice et productrice berlinoise Claire Dickson déploie une pop d’avant garde à la fois ambitieuse et exploratoire.

Pour concevoir les pièces de l’album, Dickson a invité chaque musicien et musicienne à « être un protagoniste dans la musique qu’ils entendaient ». Elle leur a d’abord présenté trois strates distinctes qu’elle avait élaborées : les bones (le rythme et l’ossature), la flesh (les nappes ambiantes et harmoniques) et sa propre voix.

Cette méthode suggère une logique de composition organique, où les instruments deviennent des voix à part entière, ce qui correspond bien à l’idée d’une pop d’avant-garde ancrée dans des pratiques expérimentales.

Dès les premières secondes de l’album, cette approche se fait entendre, et le ton des sept pièces écrites et réalisées par Dickson est donné. Sans schéma rythmique ou mélodique dominant, la pièce-titre se construit par superpositions de nappes de synthétiseurs filtrées, d’un piano délicat et onirique (Lex Korten), d’envolées libres et parfois abrasives de saxophone ténor (Zoh Amba), de percussions éparses (Lesley Mok) et de fragments de silence, créant une atmosphère en précaire équilibre.

L’album demeure tout de même accessible grâce à l’utilisation de points d’ancrage qui remplacent les repères confortables de la pop (couplet–refrain–couplet). Par exemple, sur Doors, premier extrait de l’album, dont l’introduction rappelle certaines sonorités de The Haunted Man de Bat for Lashes, la musique avance par glissements successifs, dans un état d’évolution constante. Elle trouve toutefois un point de stabilité dans la voix habitée de Dickson qui, traitée comme un instrument parmi les autres, se veut réconfortante en se fondant dans les textures éthérées alors qu’un ostinato de clavier (motif musical répétitif) vient par ailleurs installer une familiarité rassurante au cœur de cette exploration sonore.

Plus abstraite, la pièce suivante, Sign, plonge l’auditeur dans un univers secret. Des rythmes minimalistes, glissés dans des textures légères, syncopées ou déstructurées, s’y déploient tandis que la voix synthétisée de Dickson, en falsetto, installe une atmosphère onirique, comme si elle flottait autour de l’auditeur. L’ensemble évoque la Björk de Vespertine et Medúlla, tant par l’usage délicat des couches électroniques que par l’absence de signature rythmique clairement définie.

Waterfeel, pièce centrale de l’album, est sans doute celle qui illustre avec le plus de clarté le processus de création de Claire Dickson, qu’elle décrit comme un développement organique issu d’une pratique quotidienne de l’improvisation et ancré dans l’usage de captations sonores variées. Le piano (Maya Keren) s’y déploie en touches fluides, tandis que le violon (Cleek Schrey) et la harpe (Kitba) ajoutent une dimension mouvante à l’ensemble.

La pièce suivante, Stair, demeure peut-être la moins convaincante de l’album : trop peu pop pour accrocher l’oreille ou retenir l’attention, pas assez expérimentale pour susciter une curiosité insatiable. Le second extrait, Hurt Me, s’inscrit pour sa part dans cette même esthétique fragmentaire, portée par une batterie plus présente (Jon Starks), sans toutefois l’élever au niveau des autres titres de l’album.

L’album se termine en force avec Eyelid, qui condense les différents éléments qui le traversent en s’appuyant sur une très belle mélodie chantée et une structure légèrement plus pop, sans pour autant sacrifier la complexité des arrangements. La juxtaposition de fragments de piano (Maya Keren), de batterie (Jon Starks) et de violon (Cleek Schrey) évoque le bruit de la pluie qui, d’abord perçu comme homogène, pour peu qu’on y prête attention, révèle une richesse de textures et de microrythmes.

Dans l’ensemble, Balance est un disque de textures plus que de mélodies, où les frontières entre les morceaux peuvent sembler floues à la première écoute. Cette continuité constitue à la fois la force de l’album et son exigence : Balance demande une écoute engagée. Il réclame une attention soutenue, idéalement avec casque d’écoute, afin d’en saisir les détails et les microfragments sonores déposés avec soin. L’album se dévoile lentement, au fil des écoutes, tel un cabinet de curiosités sonores où le chaos apparent finit par révéler la cohérence patiemment assemblée par sa créatrice.

Balance trouvera sans doute écho auprès d’un public curieux, amateur de pop d’avant-garde, qui prend plaisir à explorer des espaces musicaux riches en microdétails.

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