Critiques

Chelsea Wolfe

Birth of Violence

  • Sargent House
  • 2019
  • 44 minutes
7,5

La grande prêtresse est de retour pour le plus grand plaisir des disciples de rock gothique. D’album en album, l’auteure-compositrice-interprète a échafaudé son oeuvre avec une rigueur et une patience qui l’honore. Aujourd’hui, Chelsea Wolfe est devenue une référence vénérée de ce genre musical.

Après avoir intensément tourné au cours des dernières années, l’artiste ressentait un urgent besoin de renouer avec ses racines traditionalistes : «I’ve been in a state of constant motion for the past eight years or so; touring, moving, playing new stages, exploring new places and meeting new people—an incredible time of learning and growing as a musician and performer. But after a while, I was beginning to lose a part of myself. I needed to take some time away from the road to get my head straight, to learn to take better care of myself, and to write and record as much as I can».

Après l’électro-folk tribal Pain is Beauty – et deux disques assez lourds aux accents doom (Abyss et Hiss Spun) – Wolfe lance aujourd’hui un nouvel album intitulé Birth of Violence; une référence à cette ambiance de guerre civile en gestation qui prévaut chez nos voisins du sud…

Enregistré dans son studio maison avec l’aide de son fidèle comparse, Ben Chisholm, Wolfe se fait accompagner dans ce périple apaisé par Jess Gowrie (batterie) et Ezra Buchla (violoncelle). Et c’est Chisolm qui s’occupe de bonifier les chansons de la dame avec de magnifiques claviers aériens et quelques rythmes électros. Ces contributions sonores sont mixées à l’arrière-plan afin de laisser toute la place à la guitare acoustique de Wolfe et à sa voix, superbement désespérée.

Malgré ce retour au folk, la noirceur demeure omniprésente dans les chansons de Wolfe. L’introductive The Mother Road est un hommage à la mythique Route 66, une route rurale déclassée en 1985 où quelques voyageurs / vagabonds auraient vécu une certaine « transfiguration ». Pour sa part, Little Grave est une chanson où l’artiste adopte la perspective d’un enfant sur le point d’être assassiné lors d’une tuerie de masse; ces massacres qui se multiplient depuis quelques années aux États-Unis.

En replongeant dans ce folk un brin fantomatique, Wolfe se rapproche de l’univers musical de Marissa Nadler (une autre grosse pointure goth), au point où il devient plus ardu de la distinguer de sa consoeur. Ce Birth of Violence est un disque majestueux et contemplatif à la fois, elle qui nous avait habitués récemment à des sonorités plus abrasives.

Cette création demande un effort d’écoute de tous les instants afin de bien saisir les superbes arrangements de Chisholm. En plus des pièces mentionnées précédemment, on vous invite à prêter l’oreille à l’immédiate Deranged for Rock & Roll qui détone quelque peu par rapport au penchant vaporeux de l’album. Be All Things et Erde sont les chansons où vous pourrez apprécier l’interprétation sentie de Wolfe. Un seul bémol : la conclusive The Storm dans laquelle on peut entendre… un orage; un effet sonore utilisé de façon excessive dans le rock.

Un peu moins percutant que les précédents efforts, Birth of Violence nous permet d’apprécier Chelsea Wolfe dans un enrobage plus épuré. Cette purification ne change rien au constat que nous avions déjà fait : elle est l’une des meilleures chansonnières états-uniennes, tous genres confondus.

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