Critiques

Charli XCX

Crash

  • Atlantic Records
  • 2022
  • 34 minutes
7

S’il est parfois nécessaire de renoncer à son intégrité artistique pour espérer percer dans le monde de la pop, Charli XCX croit qu’il n’y a aucune honte à vendre son âme à l’industrie musicale. Avec Crash, la chanteuse britannique clôt son contrat avec Atlantic Records – un engagement qui aura duré treize ans – en embrassant « tout ce que la vie d’une figure de proue de la pop peut offrir au monde d’aujourd’hui : célébrité, obsession et succès mondiaux ».

Plutôt que de profiter de ce dernier album pour critiquer la façon dont elle a été malmenée par son label pendant plusieurs années, l’artiste de 29 ans propose de la dream-pop texturée à souhait qui saura remplir les poches de tous les partis impliqués dans son projet. En optant pour cette recette, la jeune femme revisite les fondements de ses plus grands succès, mais surtout, elle tire la révérence à ses obligations contractuelles avec élégance. 

Pour ce cinquième opus, XCX a fait le pari de s’éloigner du concept de l’authenticité. Elle assume pleinement ses sonorités répétitives, l’immédiateté de ses refrains et ses textes un peu niais pour créer de véritable vers d’oreilles qui s’écoute aussi bien en voiture que sur une piste de danse. Curieusement, l’idée de produire de la musique ultra-commerciale qui plaît aux maisons de disques lui permet de se démarquer de ses compétiteurs, puisque les sons qu’elle explore sont construits sur les bases de son propre répertoire.

L’enregistrement s’ouvre avec Crash, une mélodie qui prête son nom à l’album, mais qui donne également le ton au reste du projet. Dans une voix nonchalante accompagnée d’accords scintillants, XCX chante « I’m high voltage, self-destructive / End it all so legendary » et nous entraîne immédiatement dans l’adrénaline folle de son dernier tour de piste. Baby et Move Me se rapproche du son maniaque de l’hyper pop et rappelle ses fréquentes collaborations avec les producteurs de PC Music. Ici, tous les clichés sont permis. Synthétiseurs, autotune et glitch se rencontrent dans un mariage éclectique de sonorités dansantes sur lesquelles on ne peut s’empêcher de balancer furtivement la tête. 

New Shapes, une collaboration avec Christine and the Queens, est quelque peu décevante. Pour un hymne sur le deuil d’une relation impossible, l’instrumentation manque d’intensité. L’effet cathartique désiré n’est simplement pas là, mais Good Ones vient rapidement limiter les dégâts et insuffle un nouveau souffle à l’écoute grâce à son rythme hypnotique. Enfin, les mélodies enivrantes de Lightning et Twice vous resteront en tête pendant de longues heures après la première écoute tant les refrains sont délassants. Avec ses paroles passées au vocodeur et l’utilisation délectable du clavier synthétiseur, on croirait les deux morceaux tout droits sortis des années 80.

Bref, Crash représente la fin d’un chapitre important de la carrière de Charli XCX. À ce stade-ci, il est évident qu’elle sait naviguer avec la concurrence féroce du monde de la pop. Si son style de production n’est certainement pas avant-gardiste, il n’en est pas moins efficace. L’autrice-compositrice-interprète sait écrire des albums pop qui fonctionnent, et ce dernier opus ne fait pas exception à la règle.

Il est difficile d’entrevoir si ses propositions futures outrepasseront le succès de I Love It (2013) enregistré en collaboration avec Icona Pop, ou de Boom Clap (2014) qui figurait sur la trame sonore du film Nos étoiles contraires. Ce qui est certain, c’est que Charli XCX est maintenant libérée des griffes des magnats d’Atlantic et peut désormais espérer poursuivre sa route sans risque de collision.