Critiques

Chad VanGaalen

World’s Most Stressed Out Gardener

  • Flemish Eye
  • 2021
  • 40 minutes
8
Le meilleur de lca

C’est encore une fois dans des contrées magiques colorées et décalées que l’artiste albertain Chad VanGaalen transporte ses auditeurs au moyen de sa musique indie rock assaisonnée de folk et de psychédélisme. Fraichement paru sur l’étiquette Flemish Eye (Preoccupations, Yves Jarvis, The Besnard Lakes), son dernier album World’s Most Stressed Out Gardener a un titre aussi créatif et amusant que ses pistes. Et il contient un monde accessible où peuvent se rencontrer autant les enfants à l’imagination fertile que les plus grands qui mangent des champignons en regardant l’émission Adventure Time.

L’album amène autant dans des expéditions spatiales intenses que dans des explorations introspectives douces où Chad maîtrise et combine différents genres d’une façon assez intéressante pour garder l’attention. Visuellement comme musicalement, il possède un style qui lui est propre : des animations vivantes, des histoires loufoques, un ton épanoui et une musique curieuse.

Alors que la chanson Spider Milk se rapproche d’abord davantage du vieux folk beatlesque des années 60, c’est son virage en voyage planant à la mélodie bruyante et rythmée qui rend ce moment particulièrement intéressant. L’aventure psychédélique dans le cosmos se poursuit sur Starlight où les petits bruits ambiants ainsi que les paroles cryptiques donnent autant l’impression d’être dans un vaisseau spatial que dans une communauté de hippies : « Who knows how the oracle came to be light / What good does it possibly do us to know it? »

Entre ses chansons, Chad propose quelques pièces instrumentales souvent trop courtes, mais tout de même propices à l’imagination en permettant de créer librement sa propre « histoire dont vous êtes le héros ». Alors que la relaxante Flute Peace offre un folk minimaliste avec une flûte mystique et une batterie primitive, la pièce Plant Music s’adresse à toutes les plantes de nos vies et rappelle le célèbre album Mother Earth’s Plantasia de Mort Garson. Aussi reposante que puissante, Earth from a Distance serre le cœur : les chœurs chaleureux et humains s’effacent tranquillement pour laisser toute la place aux bruits électroniques du vaisseau spatial qui montent progressivement en intensité, comme si l’auditeur était projeté seul plus loin dans l’espace. Cette pièce aventureuse et touchante serait digne de jouer dans une scène des Mystérieuses Cités d’or (est-ce que les Olmèques viennent de l’espace!?).

Au-delà de l’espace, Chad semble également passionné par les univers oniriques, les personnages excentriques et les récits rocambolesques. Cette description s’applique particulièrement à Samurai Sword : le premier extrait à la musique accrocheuse, aux paroles drôles, mais surtout au vidéoclip aussi coloré, psychédélique et divertissant que la chanson elle-même. Comme c’est le cas d’ailleurs pour tous ses vidéoclips (qu’il anime lui-même)!

« Has anybody seen a samurai sword?
I think I left it leaning up beside the outhouse door
[…] 
It’s simply irreplaceable 
And it’s totally indestructible 
But it’s also on loan from a friend »

– Samurai Sword

En plus de Samurai Sword, l’album regorge d’excellents moments. L’attrait délicieusement étrange de Nothing is Strange se manifeste par la jolie mélodie indie pop, la voix modulée un peu arbitrairement, les petits bruits insolites, puis par le doux refrain qui atteint des sommets : « Turn up the radio I think we’re dead / And floating around like some ominous sound […] Nothing is really that strange ». Sur une musique électronique et pop psychédélique, Nightwaves explore des sonorités à la fois légères et complexes et des thèmes inhabituellement sérieux : « Everybody’s getting high on the same pain / I can’t feel a thing ». L’artiste polyvalent s’aventure également autant dans les chansons plus sombres telles que Inner Fire, que dans les plus enfantines comme Golden Pear. Un style éclectique, mais rassembleur qui peut rappeler les Flaming Lips du début des années 2000.

Sur World’s Most Stressed Out Gardener, Chad VanGaalen explore en profondeur les moindres confins de son style folk psychédélique bien particulier. En peu de temps, il réussit à établir son propre univers assez imagé et riche musicalement où il transforme ses idées créatives en chansons originales et stimulantes. Bref, un album équilibré, accessible et surtout charmant qui fait du bien.