Critiques

Caveboy

Night in the Park, Kiss in the Dark

  • Indépendant
  • 2020
  • 34 minutes
7

Il est rare que le premier disque d’un groupe soit précédé d’un buzz aussi fort. Après un EP qui avait fait tourner les têtes en 2015, le trio synth-pop montréalais, Caveboy, a pris tout son temps pour concocter son premier album complet, au titre de Night in the Park, Kiss in the Dark. Le verdict? Une pop de grande qualité, mais plus consensuelle que le EP de 2015, teintée d’une certaine nostalgie des années 80.

Il y a quatre ans, j’avais interviewé les trois filles de Caveboy (Michelle Bensimon, Isabelle Banos et Lana Cooney) pour Camuz Montréal, à l’approche de leur première prestation à Osheaga. À l’époque, elles hésitaient encore sur le format à adopter pour sortir leurs nouvelles chansons. Le groupe venait de changer de nom (la formation s’appelait à l’origine Diamond Bones) et avait mis des mois à choisir et à peaufiner les six titres de son premier EP. « C’est ce qu’on a appris de plus importants dans tout ça, de prendre notre temps, ne pas se dépêcher à sortir de la musique, ne pas se dépêcher à trouver un nom, m’avait confié Isabelle Banos (synthés, basse, voix). Et aujourd’hui, je pense qu’on est toutes très contentes du résultat. »

Évidemment, le groupe s’est assuré de continuer à faire parler de lui depuis. Sa chanson Color War s’est notamment retrouvée dans un épisode de la série Orange Is the New Black. Le trio a aussi accompagné en tournée des noms établis de la scène canadienne comme Dear Rouge et Wintersleep. Puis, en octobre dernier, le simple Hide Your Love a été nommé chanson #1 de la semaine dans le cadre de l’émission CBC Music Top 20, ce qui a gonflé encore davantage les attentes.

La pop explosive d’une chanson comme Hide Your Love annonçait déjà un virage vers une musique plus dansante et moins sombre, et ça se confirme sur ce premier album complet. Certes, le EP de 2015 contenait le tube Something Like Summer et son énergie disco, mais tanguait aussi vers une dream pop plus mélancolique, avec même un côté shoegaze dans les textures. Cet aspect-là est moins présent sur Night in the Park, Kiss in the Dark. Les tempos sont plus rapides, et la pulsation plus appuyée afin de renforcer l’aspect dansant de l’affaire. Ça donne des titres très réussis, comme Landslide ou Silk for Gold, celle-ci évoquant la synth-pop de CHVRCHES avec un côté épique à la M83 dans les attaques de guitare. Ma préférée est I Wonder, au rythme plus modéré et porté par une ligne de synthé hypnotique.

Mais il y a des morceaux où j’estime que la production clinquante de Derek Hoffman (Arkells) ne rend pas nécessairement justice à la pop raffinée de Caveboy. C’était déjà le cas sur Hide Your Love, mais également sur Lifetime (qui sonne très Madonna, époque Into the Groove) et N.Y.P., qui s’avère un brin générique.

Le versant plus mélancolique du groupe s’exprime sur les quelques ballades, dont la poignante Guess I’ve Changed, une très belle fable sur le passage à l’âge adulte et cette nostalgie de l’enfance qui l’accompagne : 

« Sometimes I miss the days when I was fine making mistakes

Waste the time away

And I really hate the way that I get so stuck in my brain

For goodness sake

I guess I’ve changed ».

– Guess I’ve Changed

Il fallait s’attendre à ce que Caveboy emprunte une nouvelle tangente sur son premier album. Les chansons du EP de 2015 datent de l’époque où les filles s’appelaient encore Diamond Bones, et il est clair qu’elles ne s’identifiaient plus vraiment à elles. Ce premier album fait le pari d’une approche plus pop, certes plus consensuelle, mais ça reste de la pop intelligente, sensible et fichtrement bien écrite.

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