Critiques

Cate Le Bon

Pompeii

  • Mexican Summer
  • 2022
  • 43 minutes
7

Sixième album pour la chanteuse et productrice galloise Cate Le Bon (de son vrai nom Cate Timothy). Après le très intéressant Reward en 2019, la compositrice propose Pompeii, un effort qui pousse plus loin le son tout particulier, psychédélique, et alternatif de l’artiste de 38 ans.

Située quelque part sur la scène alternative entre Julia Holter et St. Vincent, la musique de Cate Le Bon a toujours été d’une grande élégance, arrangeant patiemment et avec délicatesse les cuivres, le saxophone, la basse surtout, un certain groove… Elle parvient sur Pompeii à imposer une atmosphère baroque qui complète à merveille son style musical.

Car Pompeii est un album très bien produit. Les 9 titres (pour 43 minutes de musique) s’enchaînent très bien. La justesse des compositions est appréciable. La variété stylistique de Le Bon, sa créativité, son sens de l’arrangement est toujours clairement décelable sur ce projet.

Si son écriture est devenue plus mature, on retrouve les thèmes standards de l’amour, de l’introspection et de la poésie. De ce côté là rien de nouveau.

I’m not cold by nature

 This could bring me to my knees

 The fountain that empties the world

Too beautiful to hold 

Running Away

French boys

 Take time away

 So cold

Faces like lakes

Collaged against rocky terrain

So quiet

But I sense what they’re sayin’

-French Boys

Le changement est surtout artistique, et ce dès l’ouverture Dirt on the Bed. Comme l’indiquait la pochette, Le Bon s’engage ici dans une musique aux nuances froides, d’un froid de château médiéval, et même si l’album possède un titre apocalyptique, il s’agit bien là du principal défaut du projet : un manque de coeur et de chaleur.

Relaxants, posés, fondamentalement bons dans la structure de ses morceaux, les moments les plus intenses de Pompeii paraissent trop mesurés, trop refrénés dans leur envie d’aller plus haut pour en faire un disque jouissif ou passionné.

Running Away est l’un de ces morceaux dont l’intensité semble monter dans une seconde partie, avant que la section cuivre n’en fasse redescendre l’énergie, pendant que la voix de Le Bon se fait moins présente. Le titre éponyme subit le même phénomène. Si la batterie explose après une longue intro, celle-ci manque cruellement de couleur, de lumière et de ce fameux grain de folie qui pourrait nous emporter.

Ici, cette absence de passion désavantage Le Bon, car celle-ci aurait pu rehausser son style psychédélique se trouvant dès lors orphelin d’un élément capital. Disque aux couleurs pastel, désaturées, nous nous trouvons face à un geste de retenue assez frustrant vu le potentiel de Le Bon.

N’empêche, Pompeii brille de ses autres attributs. La voix de Le Bon est toujours angélique. Sa poésie, comme nous l’avons déjà mentionné, s’incorpore parfaitement à l’attitude cérébrale et décolorée des compositions.

Effort très solide de la chanteuse galloise, Pompeii est un disque intelligent qui approfondit les innovations musicales de Le Bon depuis Reward. Calme, cool, décontracté, on pourra apprécier la direction artistique que prend l’album ainsi que le style baroque de ses compositions.

Ce faisant, on pourra toutefois reprocher au projet sa nonchalance, sûrement involontaire. On attendra que le prochain effort apporte plus de flammes et d’éclectisme à un univers musical en manque de rugissement. À suivre.