Critiques

Camille Delean

Cold House Burning

  • New Habitat Records
  • 2020
  • 41 minutes
7

Cold House Burning, titre du deuxième album de Camille Delean, est en soi une dualité qui confronte avec justesse l’apparence froide et grisâtre de l’album aux couleurs chaudes du folk présenté. Un album tiré de l’isolement et qui n’aurait pas pu tomber mieux en ces temps si étranges. Bien qu’elle explore largement la solitude, l’artiste franco-ontarienne s’est entourée de musiciens accomplis, avec notamment Jeremy Gara, le batteur d’Arcade Fire et Mathieu Charbonneau, le pianiste et claviériste d’Avec pas de casque.

Idle Fever, out of Tune ouvre l’album avec une ballade folk soulevant une douce tension dans les couplets pour mieux la relâcher au refrain, en créant un effet rassembleur et (presque) country par l’ajout de voix masculines. On poursuit avec Sleep in, une pièce qui brosse avec une lenteur alanguie les tourments nocturnes de la protagoniste. L’alignement des voix et la poésie étoffée dans Medecine Morning créent l’effet d’une élévation de la douleur. La chanson, faisant écho à la fragilité de la santé mentale, est le fruit d’un véritable travail d’introspection. Dans la même veine, Flash Flood (Milieu Intérieur) se caractérise par une atmosphère méditative avec, en arrière-plan, une voix qui exhale des notes basses.

Puis, on accélère le rythme et on ajoute des cuivres dans Fault Line (Late July). À travers une trame qui aborde le thème de la nature et un refrain soutenu par des harmonies vocales, on se rapproche de plus en plus à ce qu’on pourrait qualifier de folk à l’état pur. Pourtant, en dessous de ses allures réconfortantes émane un propos beaucoup plus obscur qu’on peut le croire à la première écoute. Birthday s’inscrit dans une volonté de réfléchir au temps qui passe. C’est une ballade folk aux mélodies étirées et à la composition musicale découlant la même énergie que la chanson précédente.

Saturn Gravity se démarque par son refrain aérien permettant à un poids de s’alléger. Une piste sombre et touchante qui repose sur le sentiment d’être un humain brisé. L’avant-dernière chanson, Go Easy, a une mélodie libre et surprenante, idéale pour faire de la danse contemporaine. L’album se termine à l’image de la douceur qui traite de chaos dans What I Lost in the Snow, où l’on utilise des cuivres de façon minimalistes pour créer une ambiance d’égarement.

Cold House Burning enfile des chansons qui semblent toutes avoir le même souffle dans la voix, un jeu vocal dont la lenteur s’allège puis s’alourdit à la manière d’une respiration douloureuse, mais nécessaire. Comme si on évitait le silence, chaque fin de vers se déploie en de légers crescendos et decrescendos, ce qui crée toujours des mélodies puissantes et enrobées. Par sa poésie épineuse, Camille Delean arrive à mettre un baume sur une angoisse collective. Un vertige très bien maîtrisé et qui s’est transformé en une oeuvre folk profonde et mature.   

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