Critiques

Built To Spill

Plays the Songs of Daniel Johnston

  • Ernest Jenning Record Co.
  • 2020
  • 34 minutes
6

Cinq ans après la parution de Untethered Moon, Built to Spill propose une nouveauté pour le groupe : un album entièrement composé de reprises. Et pas une compilation incohérente de différentes formations qui ont comme seul point commun d’être appréciées par Built to Spill, mais un hommage au regretté Daniel Johnston, figure importante du lo-fi américain, qui est assurément un genre qui a inspiré la musique du groupe de Boise, Idaho.

Au-delà de son influence indéniable, Johnston avait aussi déjà collaboré avec Built to Spill. En 2017, il a annoncé sa retraite de la scène avec une dernière courte tournée en compagnie de quelques formations, dont Built to Spill pendant deux soirs. Deux ans plus tard, Johnston est décédé. Cet hommage ressemble à la fois à une lettre d’amour et à un adieu.

Sur l’album, le groupe ne tombe pas dans la facilité de choisir les titres les plus connus du répertoire imposant de Johnston. À part les excellents classiques Honey I Sure Miss You et Life in Vain, Built to Spill plonge dans des morceaux plus obscurs avec entre autres Fake Records of Rock and Roll, agréablement plus heavy que le reste. Comme pour tout bon cover, Built to Spill apporte un peu de sa propre touche dans chaque chanson. Le groupe ajoute de la nuance en ralentissant certaines chansons au rythme nerveux et pressé propre à Johnston, comme sur la touchante Impossible Love.

Le groupe « restaure » aussi certaines chansons très lo-fi comme Good Morning You et Heart, Mind and Soul avec une meilleure production et des instruments ajoutés. Le résultat mieux produit est une des principales différences de l’album. Un choix qui peut sembler aller à l’encontre du style authentique de Johnston et des fondements du genre lo-fi, mais qui est tout de même exécuté avec goût et respect par Built to Spill

Mais les deux artistes ont quand même des différences stylistiques, et leur combinaison sur cet album n’équivaut pas nécessairement à la somme de leurs talents. Si Built to Spill est réputé pour ses solos de guitare innovateurs, poignants et grandioses, ses mélodies complexes et ses virages inattendus, le charme de Daniel Johnston réside pour sa part dans sa musique souvent minimaliste et mélancolique, ses mélodies intemporelles et sa voix imparfaite et sincère aux intonations à la fois naïves et anxieuses. Il compense et complète la simplicité de ses chansons par sa passion viscérale, alors que le ton sensible, mais parfois monotone de Doug Martsch, chanteur de Built to Spill, n’arrive pas toujours à atteindre les mêmes résultats profonds, comme cette musique est plus dénudée que celle de Built to Spill.

Bien que le mélange des deux artistes soit attendrissant et mélancolique, l’album ne révolutionne rien. La force des pièces de Johnston combinées à l’interprétation de Built to Spill semble ici trop atténuée pour faire de Built to Spill Plays the Songs of Daniel Johnston une œuvre importante et mémorable. Mais réentendre l’héritage de Johnston à travers le talent d’un groupe talentueux pionnier de l’indie rock réchauffe quand même l’âme. Le résultat est un hommage sincère et c’est bien assez. 

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