Critiques

Bright Eyes

Down in the Weeds, Where the World Once Was

  • Dead Oceans Records
  • 2020
  • 55 minutes
7

Avec neuf albums à son compteur, Bright Eyes est considéré comme l’une des plus importantes formations indie-rock états-uniennes à avoir vu le jour. Formé de Mike Mogis, Nathaniel Walcott et, plus particulièrement, de Conor Oberst (un « storyteller » particulièrement doué), le groupe peut se targuer d’avoir deux grands disques dans sa besace : Fevers and Mirrors (2000) et le grandiose I’m Wide Awake, It’s Morning (2005). En 2011, le trio nous proposait le fort potable The People’s Key.

Après une pause de neuf ans, Oberst et ses acolytes reprenaient du service avec un nouvel album sous le bras : Down in the Weeds, Where the World Once Was. C’est en 2017, en plein jour de Noël, que la genèse de ce redémarrage a pris forme. Dans un élan impulsif, mais joyeux, Oberst a pris contact avec ses frères d’armes afin de leur signifier son intention ferme de ramener Bright Eyes à la vie.

Tout ce beau monde s’est retrouvé rapidement en studio, mais à la différence majeure qu’Oberst a choisi de partager le travail compositionnel avec ses accompagnateurs. Une chose étonnante compte tenu de l’extraordinaire talent qui habite le meneur de Bright Eyes. Bien sûr, les textes sont toujours l’œuvre d’Oberst. Fait à noter, c’est nul autre que Flea qui officie à la basse sur la moitié des chansons et Jon Theodore (The Mars Volta, Queens of the Stone Age) est derrière la batterie sur quelques chansons.

Down in the Weeds, Where the World Once Was est un disque marqué par le sceau de la mort et des inévitables traumatismes qui s’ensuivent. Au cours des dernières années, Oberst a subi la perte de son frère aîné, décédé accidentellement, en plus de se séparer de sa conjointe avec qui il a passé sept années de vie conjugale. C’est dans cet état d’esprit qu’il a rédigé les textes de cet album. Les admirateurs du songwriter ne seront pas dépaysés, même si celui-ci est nettement moins plaintif qu’à l’accoutumée.

Le trio nous propose une création lucide, mais empreinte d’un certain optimisme; chose inhabituelle pour Bright Eyes. Toutefois, « Oberst le militant », ne se cache jamais bien loin. Dans l’excellente Tilt-a-Whirl, l’auteur aborde le terrible attentat du Bataclan (2015) en y incorporant des références à l’album Wish You Were Here de Pink Floyd; disque paru en 1975. Une réflexion sur cet Occident anxieux et profondément en colère :

« There are bodies in the Bataclan

There’s music in the air

“ Éphémère… Éphémère… Éphémère… “

And wish you were here

Enough blood to fill up this fish bowl

Keep swimming around »

– Tilt-a-Whirl

Oberst sait aussi flairer l’air du temps. Cette atmosphère dystopique et brumeuse dans laquelle nous évoluons tous et toutes à l’heure actuelle est bien décrite dans One and Done :

« Let’s take a walk around the block

This fleeting feeling is infinite »

– One and Done

La signature demeure sensiblement la même, malgré la facture plus « middle-of-the-road » qui caractérise le son d’ensemble de cet album. On y décèle quand même une certaine envie de régénération, même si ça demeure assez conformiste. On regrette l’interprétation à fleur de peau d’Oberst qui disparaît au profit d’une certaine pudeur émotive… et ce n’est pas étranger à l’implication plus assumée de Mogis et Walcott dans le processus de création des chansons.

Qu’à cela ne tienne, ce nouvel album tient la route. On salue l’intervention de la chanteuse country Susan Sanchez dans Pan and Boom. Le refrain émouvant dans Calais to Dover (typiquement Oberst) est superbe; une pièce couronnée par une incursion dans le rock sudiste. L’ajout de cordes sur plusieurs chansons amplifie le climat domestiqué, mais somptueux, qui caractérise cette production.

Down in the Weeds, Where the World Once Was est un bon Bright Eyes qui plaira aux inconditionnels de la formation.

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