Critiques

Bonobo

Fragments

  • Ninja Tune Records
  • 2022
  • 51 minutes
7

Sorti à la mi-janvier 2022, Fragments, le dernier album de Simon Green, alias Bonobo, a déjà bénéficié d’une large couverture médiatique. Certains l’ont trouvé plate pour mourir, d’autres crient au génie. Comment expliquer des perceptions si diamétralement opposées?

À chaque album, Bonobo propose une évolution suffisante dans sa musique pour ne pas perdre sa pertinence, mais il ne propose en même temps jamais de changements radicaux. Lorsqu’on survole ses 20 ans de carrière, on se rend néanmoins compte que sa musique a passablement changé. On passe d’un chill out basé sur de l’échantillonnage, à des sonorités jazzées où dominent les instruments acoustiques, à une musique davantage pensée pour les clubs. Entre changements et continuité, Fragments n’échappe pas à cette dynamique.

On retrouve sur l’album les clés du succès de Simon Green. Le musicien britannique a toujours réussi à allier des rythmes raffinés, mais puissants, à des textures sonores soyeuses, parfois sensuelles, parfois mystiques. Son sens mélodique, sa maitrise des lignes de basses et à sa capacité à développer de belles harmonies à partir de boucles et d’échantillons lui ont permis de rejoindre un public à la recherche de bonne chanson, tout en se taillant une place de choix sur les pistes de danse.

Simon Green insuffle toutefois une dose de raffinement dans la production qui détache Fragments de ses précédents albums. Et cela n’est pas étranger au contexte pandémique dans lequel l’album est né. Travaillé depuis la résidence du musicien à Los Angeles plutôt que sur un ordinateur portable entre deux DJ set, l’album se déploie comme une trame fluide, mixée à la perfection. Cela a notamment permis à Bonobo de se mettre à la synthèse modulaire. Les sons organiques qui caractérisent sa musique sont sur Fragments enrichis par une présence accrue de synthétiseurs et rythmes synthétiques.

Cela ajoute une profondeur au travail de studio de Simon Green, et cela sert bien son propos, puisque Fragments a été motivé par une volonté d’échapper au sentiment d’isolement engendré par le confinement. Il s’inspire de virées en solitaire en camping, en vélo ou au parc et rend hommage à la côte ouest des États-Unis.

Comme c’est souvent le cas chez Bonobo, quelques collaborations bien senties donnent d’ailleurs plusieurs des moments forts de l’album. Fragments culmine selon moi dès les quatrième et cinquième morceaux. O’Flynn vient ainsi donner une impressionnante dose de rythme rentre-dedans à Otomo, sans doute le meilleur morceau de l’album. Puis nulle autre que Jamila Woods vient résoudre la tension du morceau précédent sur Tides, une balade langoureuse classique de Bonobo qui se termine dans un bel enchevêtrement de cordes et de harpe. La collaboration Joji sur From You s’avère cependant beaucoup moins réussie, alors que le chanteur s’évertue à répéter « Falling from you » sur une musique d’un kitsch absolu.

On touche ici aux limites de l’évolution proposée par Bonobo sur Fragments. On a beau creuser la production, s’initier à de nouveaux instruments, faire de nouvelles collaborations, il y a une limite à ce que l’on peut tirer d’une formule déjà maintes fois explorée. Fragments est un album bien senti, techniquement irréprochable, mais qui n’a rien de bien original à proposer. Les fans y trouveront leur compte, les autres passeront leur chemin.

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