Critiques

Blue Hawaii

Open Reduction Internal Fixation

  • Arbutus Records
  • 2019
  • 36 minutes
7,5

Blue Hawaii est un projet électro pop de Montréal formé des artistes Raphaelle « Ra » Standell-Preston et Alexander « Agor » Cowan, deux membres du collectif Arbutus Records (situé dans le Mile-End), celui-ci reconnu pour leur approche DIY multidisciplinaire. Bien que le duo soit actif depuis une dizaine d’années, c’est au printemps 2013 qu’ils sont apparus sur le radar de LCA avec Untogether, premier album dont le thème était très bien représenté. Leur deuxième album Tenderness (2017) annonçait leur transition vers un lexique musical plus pop, remplaçant une partie de la délicatesse introspective pour la boucle house extravertie. Virage bienvenu ou pas, leur savoir-faire a certainement évolué durant cette expérience si on se fie à la qualité de production de leur troisième album, Open Reduction Internal Fixation, publié en octobre dernier. Celui-ci ne se démarque malheureusement pas par son rythme dansant, mais par la simplicité et l’efficacité avec laquelle la musique sert de véhicule à la voix de Ra, d’une beauté telle qu’elle attire presque complètement l’attention.

All The Things ouvre l’album sur un rire suivi d’une boucle rythmique ponctuée par un piano réverbéré, Ra plaçant sa voix au-dessus d’une toile harmonique délicate. Le mélange est très agréable à écouter, comme une espèce de techno suspendu dans les nuages réchauffé par une prestation vocale R&B. Still I Miss U ralenti le tempo au niveau de la balade, partant d’une boucle légèrement funk à la batterie et accords réverbérés au clavier. Ra chante avec une certaine proximité, créant une présence décorée de notes de piano scintillantes et d’impulsions sonores plus lointaines. All The Blue change complètement de répertoire et passe au techno sec, bien que le montage d’échantillons de guitare acoustique vienne contraster la froideur de la boîte à rythmes avec ses fragments harmoniques. Ra vient compléter la scène en se glissant au-dessus de la masse comme un ruban, accompagné tantôt par un solo de saxophone ou un clavier vocodeur dans une ponctuation géniale; mis à part le charleston qui envahit la moitié des hautes fréquences durant certaines séquences. Sparkle continue dans le dansant, mais avec une atmosphère plus étrange, comme un rêve fantastique dont la trame serait un mélange de Björk et de Tangerine Dream (bravo). Ra nous ramène tout de même à la réalité avec son interprétation à la hauteur de la chanteuse islandaise, avec sa touche de spontanéité qui charme l’oreille.

On A High commence rapidement avec son kick sans basses et son charleston placé tout près de l’oreille, laissant la trame ambiante et la voix prendre place jusqu’à ce que le kick rentre pour vrai. Sur le coup le segment fait penser à une pièce de Bronski Beat, mais réinventée avec une sonorité techno des années 90. Trust fait suite sous une forme synth pop également, mais cette fois-ci la voix de Ra prend complètement possession de la pièce, laissant un petit segment au synthétiseur pour faire son petit solo cute. Le charleston démarre Boileau sur un rythme dansant, enrichi par une boucle synthétique et une voix trafiquée, créant une atmosphère lounge futuriste ponctuée par un piano répété en écho. La performance vocale est particulièrement intéressante, croisant des filaments de soul avec des montées saturées presque punk. Can We Go Back revient quant à elle à une sonorité new wave, conservant sensiblement la même boucle durant le couplet et le refrain, permettant à Ra de démarquer les mouvements sur une note nostalgique.

Sans amoindrir la partie musicale, je dois avouer que la performance vocale de Ra se démarque complètement sur Open Reduction Internal Fixation, prenant sa place comme une soliste au centre de la scène. C’est elle que l’oreille écoute d’abord, reléguant les lignes mélodiques et détails rythmiques en second plan, parfois à cause de l’effet de répétition en boucle très présent. Remarquez ce n’est pas grave, le but n’est pas de faire du IDM compliqué, mais plutôt de l’électro pop efficace qui donne envie de danser et de fêter.

2 commentaires

  1. Francis Broka, le 2020-03-07 à 19:09

    Grosse déception en regard des trois premiers opus. l’orientation dance la dance ne me plaît guère, pas plus que le sax, instrument que je déteste. La grâce et la beauté des premiers disques est bien loin, et pourtant je vénère littéralement Raphaëlle ! Heureusement que le nouveau Braids arrive !

  2. Francis Broka, le 2020-03-07 à 19:12

    Contenue précédent corrigé ; Grosse déception en regard des trois premiers opus. L’orientation dance ne me plaît guère, pas plus que le sax, instrument que je déteste. La grâce et la beauté des premiers disques est bien loin, et pourtant je vénère littéralement l’adorableRaphaëlle ! Heureusement que le nouveau Braids arrive !

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