Critiques

Beyoncé

RENAISSANCE

  • Columbia Records / Parkwood
  • 2022
  • 62 minutes
8,5
Le meilleur de lca

Un album de Beyoncé est toujours un événement, surtout quand ça fait un peu plus de 6 ans depuis le dernier, l’acclamé Lemonade. Ce qui ne veut pas dire que l’Américaine a chômé entre les deux. Elle a lancé EVERYTHING IS LOVE avec son mari Jay-Z et elle a signé une trame sonore / album hommage au Roi Lion.

En amont de la sortie de RENAISSANCE, on a appris deux choses importantes. La première est que l’album fait partie d’une trilogie d’albums enregistrés pendant les trois dernières années par Beyoncé. Ensuite, après les deux années particulièrement déplaisantes qu’on vient de vivre, et certainement doublée d’un climat à couteaux tirés entre différents groupes sociaux, elle voulait offrir un album positif qui porte vers le bonheur. On peut dire que c’est une mission accomplie par RENAISSANCE qui est un assemblage de chansons aux rythmes contagieux et aux trames entraînantes qui incorpore de nombreux mouvements de musique dance et électronique.

C’était déjà clair avec le premier extrait, BREAK MY SOUL, où Beyoncé livre sur des échantillons de Show Me Love de Robin S., une mélodie efficace. C’est aussi une des pièces où elle module un peu plus sa voix parce que ce n’est pas quelque chose qu’elle fait beaucoup sur RENAISSANCE. Elle se concentre plus sur les nuances et les approches diverses plutôt que de pousser sa voix à sa pleine puissance. Elle nous donne quand même quelques belles envolées comme sur ENERGY. Sur BREAK MY SOUL, elle fait même un pastiche de rap à la Cardi B, rien de moins.

Même si Beyoncé prétend tendre vers la légèreté, elle se frotte toujours à des sujets limites. CHURCH GIRLS est un très bon exemple de ça :

Let it go, girl (let it go), let it out, girl (let it out)
Twerk that ass like you came up out the South, girl (ooh, ooh)
I said, now drop it like a thotty, drop it like a thotty (you bad)
Bad girl actin’ naughty, church girl, don’t hurt nobody

CHURCH GIRLS

Beyoncé célèbre aussi les foufounes bien fournies sur THIQUE ou encore se propose en tant que présidente des États-Unis sur AMERICA’S GOT A PROBLEM. D’ailleurs, ce n’est pas la seule fois qu’elle utilise un peu le côté « brag » jadis réservé au rap que Beyoncé se fait un plaisir d’amener à la pop. Elle le fait aussi sur I’M THAT GIRL qui ouvre l’album. Elle n’hésite pas à utiliser de gros mots qui ne passeraient pas à la radio commerciale, bien qu’on sait que des versions nettoyées des pièces existeront assez rapidement pour satisfaire les grandes chaînes.

Au niveau musical, de nombreuses pièces échantillonnent de gros succès du début des années 90 alors que la musique dance était très importante dans la culture populaire. Beyoncé échantillonne I’m Too Sexy de Right Said Fred sur ALIEN SUPERSTAR ou encore Unique de Danube Dance sur COZY. Ça le fait et ça amène une couleur qu’on n’a pas entendue dernièrement en pop. Plutôt que de suivre la tendance disco des dernières années, Beyoncé va dans la direction de la house music et des gros tubes de la fin des années 80 et début 90.

Il n’y a pas des tonnes de défauts sur RENAISSANCE. C’est moins profond que ne l’était Lemonade, mais franchement plus intéressant que les deux projets qui se sont intercalés entre son sixième et septième album. L’album est un peu long et la deuxième moitié est un peu moins convaincante que la première, ça, c’est certain. J’embarque plus ou moins dans les appels à l’album du siècle que certains font, mais une chose est sûre, Beyoncé est probablement en train de mettre la table pour ce qu’on va entendre en pop pendant les cinq prochaines années par mimétisme et ça, ce n’est vraiment pas rien. Beyoncé est une « leadeuse » plutôt qu’une « suiveuse » et pour ça, elle mérite notre respect.