Critiques

Benoît Pioulard

The Benoît Pioulard Listening Matter

  • Kranky
  • 2016
  • 26 minutes
6,5

Benoît PioulardQuand j’ai appris le nom du nouvel album de Benoît Pioulard (Thomas Meluch), The Benoît Pioulard Listening Matter, je pensais trouver un complément à Sonnet paru sur Kranky en 2015. Ce disque expérimental ambiant était justement une matière à écouter; une certaine matérialisation de rêves par l’utilisation intéressante de réverbérations et de distorsions. Je ne pouvais être plus convaincu du judicieux choix de nom de ce qui allait prochainement paraître.

Comme je m’y attendais, un lent fade-in de superpositions de sons ouvre l’album. On pourrait y déceler une subtile harmonisation de voix travaillées, peut-être même un fin grillage métallique sous un vent distorsionné en guise de rythmique, qui sait? Il s’agit de la signature de Benoît Pioulard et ça s’appelle Initials B.P. Une pièce dans laquelle on retrouve son intérêt pour les sons abstraits et le «field recording». Court et magnifique.

Le morceau suivant débute comme l’autre se termine, dans un chaos qui s’apparente à un bruit de chute d’eau capté de près par un micro défectueux. Quelques intenses secondes de crescendo jusqu’à ce qu’un inattendu accord de guitare acoustique interrompe le tout. Une voix surgit aussitôt: «I finally found the sound I wanted, but it disappered. It will come back to me, it will come back to me.» Ce son de chute était parfait puis a disparu, mais celui-ci ne reviendra pas.

Listening Matter ne sera donc pas un album vaporeux comme son prédécesseur, ce sera plutôt un album pop où la voix sera omniprésente. J’avais oublié que cet artiste avait majoritairement œuvré dans la musique pop. Sonnet avait tout effacé, tout sublimé. Petite déception dans le fond de la gorge. Je dois tout de même admettre que Narcologue est un excellent deuxième morceau…

Après plusieurs écoutes exhaustives, je ne peux douter de l’excellente capacité de Pioulard à composer des chansons pop accrocheuses dans lesquelles on remarque ses nombreuses influences musicales: shoegaze, dream pop, pop tout court, expérimental, et j’en passe.  L’instrumentation, bien qu’elle soit minimaliste (généralement composée d’une guitare acoustique, basse et percussions) est toujours bien dosée et bien effectuée. Deux ou trois instants instrumentaux rappellent les meilleurs moments de son opus précédent, toujours trop brièvement. 

Mon appréciation est sans doute teintée par la notion d’attente. Ridiculement, j’aurais voulu un certain copier-coller avec ce qui avait précédé. Ceci dit, c’est un bon disque qui comprend d’excellents moments et d’autres moins réussis. Mais là où le bât blesse réellement, c’est qu’il s’agit d’un album concept où l’on sent peut-être un peu trop le désir exutoire de l’artiste. Durant sa période d’écriture qui a duré deux ans, Pioulard était sous médication et en deuil. Les thèmes tournent autour du vice, de la vertu et de la mort. Intéressant, mais rien n’est élaboré au niveau musical. Les chansons, aussi belles soient-elles, ne semblent exister que pour les textes. Les grooves ne sont pas exploités dans leur pleine capacité.

Par exemple, après le dernier couplet d’I Walked Into The Blackness And Built A Fire, la thématique de la pièce reprend. L’ajout de percussions et d’une couche d’un synthétiseur laisse croire que le tout s’étirera un peu. Cependant, il n’en est rien. La chanson se termine après quelques secondes nous laissant ainsi sur notre faim. Et après les treize pièces qui composent le disque, soit un maigre 26 minutes, on ne peut que se dire: «C’est tout?» 

Ma note: 6,5/10

Benoît Pioulard
The Benoît Pioulard Listening Matter
Kranky
26 minutes

http://pioulard.com/