Critiques

Benjamin Biolay

Grand Prix

  • Polydor Records
  • 2020
  • 54 minutes
7

Le crooner français est de retour avec un album très rock, mâtiné de pop 80’s, d’électro et de quelques variations sur le funk.

Comme beaucoup de groupes actuels, le compositeur redécouvre le post-punk et la new-wave, en faisant la part belle aux guitares et aux synthés kitsch, sans renier ses premières amours. Le temps qui passe et les histoires de cœurs, thèmes simples, mais universels (et efficaces). Biolay les aborde à nouveau, avec une écriture plus adolescente qu’à son habitude, plus innocente et parfois (volontairement ?) maladroite. Au risque d’insister, c’est encore une caractéristique de la musique du tournant des années 80.

Le marketing a bien fait son job et on découvre une toute nouvelle mouture du chanteur. S’il n’a pas laissé tomber ses influences gainsbouriennes (à grand renfort d’arrangements léchés) et son attitude de dandy débonnaire, on remarque un virage certain dans l’esthétique mise en avant.

Il invoque ici le gotha des sex-symbols masculins du siècle dernier : James Dean avec la Banane, la clope au bec et la pose décontractée, Steeve Mc Queen avec l’obsession pour les bagnoles et Elvis avec les portraits Harcourt, guitare sur les genoux.

Quoi qu’il en soit, cet album vaut le détour. Dès le premier titre, l’artiste nous rappelle son insolente facilité à composer des riffs accrocheurs. Comment est ta peine, mélancolique à souhait, ravive la douleur de notre dernière rupture. Des arrangements au cordeau, un chanteur qui utilise bien sa voix et sort (un peu) du parlé-chanté pudique que chérissent (trop) souvent les artistes français.  

Si le morceau d’ouverture est assez proche de ce que l’on connaît déjà de lui. À partir du second titre, Biolay bascule dans un format très pop qui lui réussit bien. Visage pâle évoque les groupes pop français des 80’s comme Les Stinky & Toys, Elli et Jacno, Marie et les Garçons ou encore Étienne Daho. Structure couplet refrain bridge très entraînante, guitares que n’aurait pas renié David Byrne, et répétition lancinante de la phrase titre « Ton âme est bleue mon visage est pâle ». Le chanteur parle avec poésie de l’amour et ses dommages collatéraux : « Ce soir je t’écris, d’un plume un peu penché …/… l’amour à un prix que je ne peux plus payer ».

Benjamin Biolay se confiait au journal Le Monde et parlait de son admiration pour les Beatles,  ce qui transparaît ici. La plupart des chansons suivent une structure imparable et sont propulsées par un refrain efficace. Idéogrammes, très punk rock avec son couplet au riff de guitare distordu juxtaposé à un pont très mélodieux et enjoué. Comme une voiture volée, pop française romantique qui figure Les yeux revolver de Marc Lavoine. Papillon Noir avec ses guitares très The Strokes et son changement de tonalité surprenant. La roue tourne, piano-voix sous stéroïde, qui commence délicat puis enfle comme un abcès.

On se demande un instant si le gars Biolay ne se serait pas nourri copieusement des Strokes et des Daft Punk durant le confinement. Virtual Safety Car, ses synthés de clavecin, ses boucles lancinantes, et ses voix parlées d’outres espace. Sans oublier les chants distants du compositeur qui rappellent les expérimentations de Julian Casablancas. Ou est passée la tendresse ? avec son thème électrorock, son ambiance obsédante et ses guitares funky. Idem avec Souviens-toi l’été dernier, funk d’un bout à l’autre, avec un petit vocodeur sur la voix pour faire à la mode (manque plus qu’un catogan à la PNL et on est bon).

Côté voix, Biolay expérimente et sort de sa zone de confort, des moments de grâce où on a plaisir à entendre ses montées et ses descentes (comme sur le morceau d’ouverture),  d’autre plus poussifs ou il sonne dangereusement comme le Renaud mauvaise période (Ma Route), voir ou on perçoit les limites de sa voix abîmée, sur Vendredi 12, morceau au, par ailleurs, très joli clip rétro.

Après tout, Benjamin Biolay est un artiste complet, c’est un peu notre Nick Cave à nous, en moins rock’n’roll certes. Mais peut-on manger du camembert, parler la langue de Molière et être vraiment rock’n’roll « to the bone » … ? Pas sûr. On l’imaginerait bien en écrivain délétère cela dit. Hank Moody parfum Côte du Rhône et réflexion existentielles. C’est un peu ça être français finalement … boire du rouge en se prenant la tronche … mais je m’égare.

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