Critiques

Bartees Strange

Farm to Table

  • 4AD
  • 2022
  • 35 minutes
7,5

Bartees Strange a reçu une belle reconnaissance dès ses débuts avec son EP Say Goodbye to Pretty Boy, qui reprenait des pièces du groupe The National, concoctées à sa sauce. C’était tellement bien ficelé que ça lui a permis de signer avec 4AD. Puis, son premier album, Live Forever, proposait un heureux mélange d’indie rock et de rap. Un mélange assez inusité. Et quand je dis rap, ce n’est pas nécessairement dans la livraison, mais bien dans les angles musicaux. Alors qu’en est-il de Farm to Table?

Avec ce deuxième album, Bartees Strange pousse plus loin les expérimentations et les mélanges de genres. Ce qui donne un album qui est très diversifié et qui offre même des moments complètement novateurs dans la sphère du rock. C’est peut-être son passé de guitariste de groupe post-hardcore Stay Inside. Par contre, l’intérêt pour Farm to Table s’étiole un peu au fur et à mesure qu’on avance dans les pièces. Bien que la première moitié soit puissante et bien réussie, ça s’essouffle un peu vers la fin.

Parlons d’abord des meilleurs coups. Cosigns est une chanson de génie qui propose quelque chose qu’on n’a jamais entendu en rock, une chanson de brag comme en font régulièrement les rappeurs.

I’m in L.A., I’m with Phoebe, I’m a genius, damn
I’m in Chi-Town, I’m with Lucy, I just got the stamp
Hit up Courtney, that’s my Aussie, I already stan
I’m on FaceTime, I’m with Justin, we already friends
We already friends

Cosigns

Cette façon d’attaquer la pièce avec la même attitude qu’un rappeur est inusité dans le domaine du rock et à elle seule donne une crédibilité incroyable à l’album. De plus, il mélange le noise atmosphérique et la voix traitée à l’Auto-Tune. Heavy Heart, un autre des simples parus avant la sortie, est aussi un exemple de ce qu’il peut faire de mieux. Bartees Strange possède un don pour la mélodie pop qui est impressionnant. Son jeu de guitare nerveux est bruyant et parfaitement en contraste avec sa voix pop mélodieuse.

Mullholland Dr est une autre belle preuve de son talent pour la mélodie et on comprend rapidement pourquoi il a gagné la faveur d’artistes de la scène indie-rock qui ont la côte en ce moment comme Phoebe Bridgers, Lucy Dacus, Courtney Barnett et bien plus. Il est aussi capable de belles pièces soul comme le démontre Hold the Line. Sa voix est poignante et habitée. Escape this Circus prouve aussi sa capacité à composer des pièces qui entrent tout de même dans un cadre convenu. Il y a toujours un ou deux éléments qui le font ressortir du lot, mais on demeure dans une approche relativement pop grand public.

Tours qui est un peu touchante est quand même taillée dans des éléments assez convenus et ça fonctionne aux premières écoutes, mais on s’en lasse rapidement malheureusement. C’est un peu la même chose qui arrive avec Black Gold qui est en toute fin d’album. Bien qu’il y ait des éléments intéressants dans la réalisation, ça demeure empreint d’une mélodie pop plutôt convenue. Et j’ai l’impression que leur présence fait mal à Hennessy qui aurait pu mieux conclure l’album si on n’avait pas le sentiment de revenir à une formule déjà utilisée à travers l’album.

Malgré les quelques écueils, Bartees Strange prouve ici qu’il est un petit génie musical. On va certainement l’apprécier sur la scène indie-rock grâce à sa formule singulière. C’est un très bon deuxième album que nous propose l’Américain.