Critiques

Automat

Modul

  • Compost Records
  • 2020
  • 38 minutes
7,5

Le trio allemand Automat formé de Jochen Arbeit, Achim Färber et Georg Zeitblom évolue sur la scène électro européenne depuis bientôt une dizaine d’années. Leur sonorité part d’une base électronique typiquement allemande à laquelle sont incorporés des inspirations dub et techno. À cela s’ajoutent des collaborations avec des artistes pratiquement légendaires comme Blixa Bargeld et Genesis Breyer P-Orridge. Le trio nous a offert une trilogie dont le thème s’inspire des transports et du mode de vie nomade, enchaînant Automat (2014), Plusminus (2015) et Ost West (2016) en prenant le soin d’explorer le territoire esthétique du projet. Cette étape étant franchie, Automat est de retour avec Modul, un quatrième album bien différent qui plonge complètement dans l’univers dub et reggae, et réussi à rafraîchir les deux courants en modulant de la synthèse comme un pro.

L’atmosphère relax de la musique dub prend place dès les premières notes de trompette échantillonnée de Modul 15. Les percussions et la basse complètent le mouvement rythmique de fond devant lequel un solo de synthétiseur évolue subtilement. L’effet de flow est réussi, mais ça ne va pas plus loin que le motif de départ, et ça reste donc très linéaire. Easy Riding poursuit avec une mélodie à la basse électrique, mais en prenant soin de changer les notes et les temps de position dans la séquence. L’élan se maintient jusqu’à ce que Paul St.Hilaire (aka Tikiman) prenne la parole, et apporte une dimension bien plus satisfaisante qu’un groove qui se répète. Sa voix fait penser à celle d’Horace Andy (Massive Attack), et on comprend après un peu de lecture que le maître est une inspiration pour le chanteur. Ghost assure la suite en changeant légèrement les accentuations rythmiques, proposant une boucle mélodique scintillante dont l’esthétique rappelle Kraftwerk. Mika Bajinski vient poser sa voix trafiquée au-dessus de la masse musicale, sur un ton résigné, et un peu mélancolique. Ankaten consacre plus d’espace à la partie percussive, suggérant une mélodie à l’arrière montée comme une oscillation de notes de guitare électrique. L’attention se déplace ensuite vers la voix caverneuse de Lydia Lunch, qui chuchote de façon gutturale et trafique sa voix en bruit avec une série d’effets.  

Tikiman revient sur Nothing Strange, pièce qui se rapproche davantage de la forme trip hop et de la sonorité à laquelle le trio nous a habitués sur les trois premiers albums. La combinaison crée cette fois-ci une atmosphère sombre et pluvieuse, bien rythmée par les différentes vitesses d’oscillation des synthétiseurs. Who for Eyes accélère la cadence et ramène une partie du coffre à outils de l’album précédent, superposant les séquences synthétiques en une palette rythmique techno. Bien que la pièce soit encore une fois linéaire, les différentes couches de synthétiseurs placés à l’avant permettent d’apprécier l’évolution des textures sonores. La basse électrique revient au centre de Pavo, guidant lentement la pièce en duo avec une batterie acoustique. Bajinski revient à la voix avec une interprétation similaire à l’autre pièce, apportant une teinte de finalité au thème de la pièce. Modul 11 conclut sur une teinte plus reggae, plaçant l’orgue rythmé au centre de la boucle mélodique.

Quel plaisir de retrouver Automat dans une formule renouvelée, qui ne prend pas de virage comme tel, mais bien un changement de voie qui respecte la sonorité dub et techno du projet, tout en élargissant leur territoire vers le reggae et le trip hop. Cela dit, il n’y a pas de pièces qui se démarquent vraiment du lot, les chanteurs sont discrets et les thèmes sont linéaires, ce qui fait ressortir la qualité homogène de leur musique, mais pas les moments forts. Néanmoins, l’expérience combinée des trois membres d’Automat s’entend subtilement dans la mise à jour du mélange, qui est très agréable à écouter, plusieurs fois, régulièrement.