Critiques

Arca

KiCK i

  • XL Recordings
  • 2020
  • 39 minutes
8,5
Le meilleur de lca

En 2018, Alejandra Ghersi a fait son coming-out en tant que femme trans non-binaire. Il faut mentionner qu’elle s’identifiait déjà comme queer, et qu’elle abordait librement l’identité de genre dans son art. Elle s’est notamment glissée dans la peau du personnage Xen, un alter ego efféminé, qui a donné son nom à son premier album.

Sa dernière oeuvre, KiCK i, n’est donc pas sa première à être animée par un esprit de non-conformisme identitaire. Mais ici, Arca se veut plus rassembleuse que jamais. Elle propose une véritable célébration de la fluidité en empruntant les avenues les plus pop de sa carrière individuelle.

Cela ne signifie pas pour autant qu’Arca renonce aux expérimentations peu orthodoxes qui ont fait le charme de ses trois premiers albums et du projet @@@@@, paru plutôt cette année. Fidèle à elle-même, Arca parvient habilement à infecter de glitch et autres mutations synthétiques des morceaux à l’essence pop. Et ce, tout en préservant l’attrait des genres qu’elle passe au bistouri. Des percées dans le reggaeton (Mequetrefe, KLK), l’hyper-pop à la PC Music et même le trap (Watch, Rip the Slit) rendent service à ses manipulations expérimentales, les rendant plus accessibles, plus directes, plus percutantes.

Pour ouvrir le bal, Arca nous catapulte nonbinary en plein visage, affirmant son identité de genre avec extravagance. « I don’t give a fuck what you think », lance-t-elle, ce que les quarante minutes suivantes confirment très clairement. Puis, Time, portée par ses synthés enivrants, annonce une urgence de célébrer, de s’égarer dans l’immédiat. Dans un tel esprit, les titres endiablés s’enchaînent sans répit, chacun bousculant le précédent pour nous projeter dans une nouvelle dimension musicale. L’intensité atteint son paroxysme aux deux tiers de l’album, alors que les invitées de marque Shygirl, Rosalía et SOPHIE se mêlent l’une après l’autre au délire, laissant chacune son impression forte bien distincte. Inutile de chercher des ponts entre les pièces; chacune nous absorbe dans l’instantané avant de se désintégrer sous nos pieds.

Le caractère exagérément hétéroclite de KiCK i s’accorde bien à la fluidité identitaire d’Arca. L’insertion de certains morceaux plus atmosphériques peut paraître maladroite de prime abord, mais avec Arca, il est difficile de conclure au simple accident. Afterwards, splendide pièce lyrique portée par nulle autre que Björk, s’inscrit à contre-courant de la dynamique construite jusque-là. Et pourtant, on l’entend éventuellement comme une résolution étrange de ce qui équivaut à la face A de l’album. No Queda Nada, la majestueuse finale qui rompt étrangement avec le chaos des minutes précédentes, laisse une impression semblable. Que KiCK i soit incohérent par endroits n’est pas problématique en soi, la confusion faisant partie intégrante de l’esthétique d’Arca. Au fil des écoutes, on parvient à démêler la progression confuse de l’album pour y trouver un certain sens, si abstrait soit-il.

Avec KiCK i, Arca réussit à condenser son imagination sans bornes avec une efficacité sans précédent. Le contraste entre les paysages intimistes d’Arca (l’album de 2017) et la frénésie de KiCK i montre la facilité décoiffante avec laquelle l’artiste est capable de se réincarner. Arca est une déesse du chaos dans son univers musical, où elle déconstruit et reconstruit la matière à sa guise, sans égard à nulle autre loi que la sienne.

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