Critiques

Anatole

Testament

  • Duprince
  • 2018
  • 39 minutes
8
Le meilleur de lca

Mise en situation.

Au départ, il y a Alexandre Martel, le gars de Mauves. Si tu ne connais pas ce groupe, je t’invite à aller écouter. Martel a en quelque sorte mis au monde ce cher Anatole. Un personnage couvert de paillettes et de « glamour » qui serait l’alter ego (avec tout un égo d’ailleurs) d’Alexandre Martel. Anatole, lui, se plaît à sous-entendre que Martel est son ombre, celui qui se prend pour lui, sa pâle copie quoi. C’est complexe. L’important, c’est que tu comprennes que l’un (Martel), se sert de l’autre (Anatole), pour te provoquer, pour te faire vivre autre chose qu’un simple spectacle de musique, pour te passer un message et te divertir le temps d’un spectacle que tu ne risques pas d’oublier. Et toi, cher membre du public, tu en redemandes toujours plus.

Maintenant, si tu permets, j’vais m’adresser directement à Anatole.

Lettre à Anatole.

Cher Anatole,

J’ai l’habitude d’écrire, dans le confort de mon angoisse de la page blanche et rongée par le doute jusqu’à ce que ceux qui me lisent me rassurent. J’ai encore besoin d’approbation pour croire au potentiel qui pend au bout de la mine de mon crayon. Je n’ai pas l’envergure de ton personnage si joliment masqué, celui du grand Anatole, à la fois majestueux et provocateur, glamour et irrévérencieux, sexy et insolent. Mais aujourd’hui, je vais tenter de sortir de ce « confort » et d’exécuter les choses différemment, comme tu sais si bien le faire. Je vais donc m’adresser directement à toi, parce que tu me donnes l’impression de faire la même chose envers ton public capricieux avec ton magnifique Testament de dix versets brillamment orchestrés.

Dans la seconde page de ta succession (Donna la folle), tu nous parles de tous les artifices, les masques que l’on porte pour se cacher sous une marée d’illusions. Anatole, tu sembles accablé devant le constat d’une société qui n’évolue plus. Tu nous amènes avec toi en enfer avec la pièce Pluton. Tu nous demandes de te faire taire et de t’escamoter, de te parjurer et de te laisser reposer en paix dans le langoureux cinquième morceau qui ressemble à une douce plainte, un léger avertissement.

Les spectateurs avares, avides et jamais assouvis sont en train de t’épuiser. Comment pourras-tu proposer davantage ? Plus que tout ce que tu as déjà pu offrir. Tu t’es donné toi, en spectacle. Corps et âme, couvert de paillettes et d’artifices certes, mais sous tout l’or du monde se trouve un être comme les autres peut-être ? Tu t’excuses de nous avoir si formidablement enjôlés dans la pièce Aveux. Tu sembles déchiré entre la finalité et la renaissance. Mitigé entre ce désir de plus grand, de gloire et de « glam » et celui de tout arrêter et faire tomber ces voiles qui pèsent lourd.

La pièce titre est écrite d’une main incroyablement habile qui nous nourrit d’une succulente poésie. La parfaite mise en bouche d’un album astucieusement mis en scène, une œuvre aux sonorités empruntées aux années 90, enrobées de rythmes et de magnifiques cœurs qui nous hypnotisent en nous faisant danser. On en vient à pratiquement oublier ton écriture sombre, pleine de doigts d’honneur et de vulnérabilité.

Avec toi, Anatole, les demi-mesures s’effacent d’un trait, on t’adore ou on te déteste, mais on ne reste jamais indifférent. Si on t’ignore, tu viens nous chanter la ritournelle, le regard fixant nos yeux en prenant une grande gorgée de notre martini. Tu nous testes, tu feras à ta tête, mais moi, mon souhait est que tu renaisses et continue de nous épater à grand coup d’illusions dorées et d’abruptes vérités.

Amoureux des années 90, fanatiques de David Bowie (ou Ziggy Stardust), Fleetwood Mac et Depeche Mode, vous serez servis.

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