Critiques

Amber Mark

Three Dimensions Deep

  • Interscope Records
  • 2022
  • 60 minutes
8
Le meilleur de lca

Après quelques années de publications de simples, d’EP, de contributions diverses et même d’un mini album (3:33 en 2017), voilà enfin le premier album studio de la chanteuse américaine Amber Mark.

Disque fondamentalement R&B faisant certains détours du côté du dancehall, de la bossa-nova, de la pop latine, de la néo-soul, Three Dimensions Deep est un premier disque généreux (17 titres pour 1h d’écoute) coloré, et surtout rafraîchissant.

En effet, dans un paysage R&B contemporain souvent en manque d’inspiration, à court d’idées, Amber Mark propose ici un voyage singulier, au croisement de plusieurs genres donc, et à l’énergie revigorante, ce dont nous avons pu nous apercevoir à travers les simples What It Is et Foreign Things.

Comme l’expliquait Mark en interview, ce qu’est ce premier effort studio est une recherche, une aventure, un voyage. Côté production d’abord, l’album contient de nombreuses idées, souvent très bonnes, pour des résultats positifs et très surprenants. Ainsi le titre Worth It commence très fort avec des sonorités reggaeton et la voix puissante de Mark avant de ralentir la cadence dans sa seconde partie pour une ambiance néo-soul plus classique avec une excellente batterie. La voix de Mark, elle, se fait moins intense, presque un murmure, dans la pure tradition R&B.

Sur What It Is c’est un solo de guitare bien aiguisée, métallique, qui viendra surprendre l’auditeur au moment du pont. Mais c’est surtout Foreign Things qui enchantera le plus ce dernier. Ici, la voix d’Amber varie sensiblement. Elle est plus ronde, plus grave, plus masculine aussi. La chanson porte une énergie contagieuse. Esthétiquement, le titre ressemble au très récent Leave a Door Open de Burno Mars et Anderson. Paak avec un super synthé, de bonnes percussions, des choeurs et la voix d’Amber qui monte en puissance au moment du refrain.

Dans sa globalité l’album contient une production variée, avec de brillantes mélodies. Foreign Things donc, mais aussi Turnin’ Pages (titre de pop moderne avec un côté baroque qui incorpore dans son orchestration une petite ligne de violon) et Softly (pièce aux sonorités très latines et au refrain entêtant).

Cet enchaînement de bonnes idées conduit à un résultat forcément appréciable : jusque dans ses derniers moments, l’album ne souffre d’aucune redite. Son caractère généreux, soucieux de proposer quelque chose de nouveau, d’expérimenter, de mélanger et de mélanger bien demeure lisible. Certes, des titres comme Darkside et Competition offrent de moins bons résultats. Il serait faux de dire que ces titres sont mémorables. Néanmoins, un titre comme Bliss trouve encore le moyen de donner à l’auditeur l’envie de bouger, de voyager, et quelques frissons.

Car le voyage de Mark sur cet album est aussi introspectif. Côté paroles, elle évoque ses déboires amoureux (Most Men), ses expériences (Bliss) son refus des conventions sociales (Out of This World) et de manière générale, le disque dans sa globalité traduit l’affirmation d’Amber Mark à la fois comme individu et comme artiste :

«  Hop up on my throne, I feel alive

Feel like I could do this every night

Maybe it’s a blessing in disguise »

– Foreign Things

Quant au lieu du voyage proposé ici, la conclusion Event Horizon nous rappelle l’ambiance lunaire, spatiale qu’ont parfois contenue les instrumentations que nous venons d’écouter. Lieu où l’on plane, où l’on prend de la perspective, où la voix d’Amber trouve un sens à sa profondeur et à sa spiritualité, on aurait souhaité avoir fait ce voyage avec elle.

Très adroit, brillant à de nombreux moments, élégant et très propre dans sa production, Three Dimension Deep augure d’excellentes choses pour la suite, et fini de prouver qu’Amber Mark est une artiste à part. On attendra le prochain effort avec impatience.