Critiques

Aldous Harding

Warm Chris

  • 4AD
  • 2022
  • 39 minutes
6

Warm Chris est le quatrième effort d’une mystique humaine à la voix ​​de caméléon, Aldous Harding. Acclamée par toutes sortes de critiques aux 47 coins du globe grâce à Designer (2019), la Néo-Zélandaise transmute quelque peu sa facture sonore, en route vers une pop psychédélique naïve. Pour l’exercice, l’invocatrice, aux personnalités vocales multiples, persiste et signe à nouveau sur le réputé label 4AD.

Digne d’une déambulation nonchalante, Warm Chris est un dense casse-tête textuel plombé par une flûte et un trombone sympatoche. Est-ce digeste? Forcément. Est-ce agréable pour autant? Discutable. La force de Harding sur Designer fut, sans contredit, le juste milieu entre le dépouillement et le mystère de ses réalisations. Certes, la petite aventure du chaleureux Christopher nous offre quelques vers d’oreilles. Lawn est certainement un des meilleurs – ou pires, c’est selon – amusants scotch tape cérébral de l’album. En plus, c’est la mutation en chipmunk d’Aldous Harding.

Beside everything I go by

I tried to send the tree ties up out of the flue

Now I’m losing too much

– Lawn

Outre les tonalités vocales niaiseuses, les arrangements sont, volontairement, un peu croches voire disloqués. Honnêtement, sur la quasi-totalité de l’œuvre, les cuivres ainsi que les percussions n’apportent rien de bénéfique aux pièces. Sa voix «signature» ou son absence de signature est certainement l’aspect le plus fascinant chez Aldous Harding. Sur ce dernier disque, elle utilise ses précieuses variations, à profusion… à un point où le charme s’estompe. Oui le mystère est excitant, étonnant, mais quand l’imaginaire audiophonique interprète trois ou quatre chanteuses différentes en soprano et alto, ça devient étourdissant à la réception.

Par le passé, la drôle de bibitte originaire d’Auckland a réussi à créer un environnement invitant, mais crypté. Maintenant, son spectre délaisse, la plupart du temps, les sombres lieux clandestins au détriment des fêtes d’enfants clownesques.

L’univers musical est riche en contradictions, mais n’ébranle aucune corde sensible. Sans dire que l’offre manque d’originalité, l’ensemble des 10 chansons, une fois digéré, témoigne d’une carence en énigmes. En outre, l’accomplissement de Warm Chris passe par l’aliénation. Accrocheuse comme un fil de pêche, Fever est un bel exemple d’insistance.

I still stare at you in the dark

Looking for that thrill in the nothing

All my favorite places are bars

Fever, when we met at hotel reception

Never have I been so tired

You said, « You bet »

Guess we did what the other expected

– Fever

Poreux, plusieurs textes méritent une épluchette, et LÀ ! on prend un certain plaisir à l’analyse. Toutefois, sur She’ll Be Coming Round the Mountains, la transparence est de mise, alors qu’elle réinvente une comptine pour marmaille et lui ajoute une saveur intergalactique un peu glauque. Comme si Joni Mitchell avait réalisé la trame sonore de Mars Attack. Je dois dire que celle-ci ne manque pas d’audace et qu’elle répond à mes (trop grandes?) attentes.

Si Christo, ce petit nouveau, est une foncière déception pour un adorateur préalablement conquis, certain.e.s trouveront leur compte au fin fond de ses drôles de dessins aux nuances de mauves qui tachent les haut-parleurs.