Critiques

21 Savage + Metro Boomin

Savage Mode II

  • Epic Records
  • 2020
  • 44 minutes
7

21 Savage et Metro Boomin ont fait des pas de géants dans leur art respectif depuis la sortie de l’illustre mixtape, Savage Mode, en 2016. Brillants sur la collaboration Without Warning (2017), avec le rappeur Offset, les deux porte-étendards d’Atlanta poursuivent dans la même veine avec la sortie de Savage Mode II, un album tout aussi sinistre que son prédécesseur, mais embelli d’une touche de luxe indéniable… Digne de sa pochette!

Justement, il faut bien en parler de cette fameuse pochette. L’esthétique bling nostalgique du « Dirty South hip-hop » rappelle le « Gangsta rap » de la fin des années 90, incarnée par les Snoop Dog, UGK, Outkasts, Master P et Three 6 Mafia. Offerte par la légendaire firme texane de conception graphique Pen & Pixel (sortie fraîchement de la retraite suite à un appel de Metro Boomin), la couverture regroupe les éléments distinctifs de cette époque : les lettres diamantées, le collage d’allure amateur, les protagonistes au regard impardonnable. Le tout produit un effet dramatique, intimidant, sans compromis.

L’inclusion d’interludes narrés par Morgan Freeman ajoute également une plus-value notable au projet. De sa voix incomparable, l’acteur octogénaire aborde des sujets comme la trahison (Snitches & Rats Interlude), la persévérance (Said N Done) et la passion commune (Intro). Complémentées par des trames dramatiques, ses narrations sont senties et agissent en parfait lubrifiant entre une piste et l’autre.

Runnin est une puissante démonstration de force en ouverture de rideau. Metro Boomin offre une production sombre, ponctuée de touches graves de piano et survolée de la voix tourmentée de Diana Ross. Alors que l’instrumental s’enflamme, 21 Savage s’impose habilement sur les percussions par son attitude sans compromis et son « flow » sinistre. En véritable truand, le rappeur raconte laisser sur son chemin nez ensanglantés et ennemis apeurés.

Cette dynamique se poursuit tout au long du projet, plus particulièrement sur les virulentes Glock in My Lap et Slidin. Toutefois, à travers cette hostilité digne des plus violentes scènes de Scorsese, 21 Savage glisse dans Savage Mode II quelques ballades trap sympathiques. Mr. Right Now révèle l’artiste sous son plus beau jour, frôlant la romance à certains moments (pour un rappeur, entendons-nous). Secondé de Drake qui donne une performance honnête, le protagoniste offre un refrain accrocheur fortement inspiré de son acolyte. La production de Metro Boomin, ici, n’est pas sans rappeler les « loops » caractéristiques de Pi’erre Bourne sur l’album Die Lit (écoutez Foreign).

Sur Rich N***a Shit, aux côtés de l’excentrique Young Thug, 21 Savage rappe à propos des montres à cent mille dollars qu’il porte au poignet et des vêtements haute couture qu’il enfile chaque matin. Grâce à une production rêveuse agrémentée de touches de violons, la piste est simplement éblouissante.

Suite aux excellentes Many Men (clin d’œil à 50 Cent), Snitches & Rats et My Dawg, viennent les introspectives RIP Love et Said N Done. Si Savage laisse l’auditeur sur son appétit dans ce premier titre, Said N Done présente le rappeur dans une surprenante vulnérabilité. Surfant sur l’instrumental « old school » scintillant de Metro Boomin, le rappeur d’origine anglaise fait un retour sur son passé difficile abordant même une peine d’amour dévastatrice.

Mis à part quelques titres qui tombent rapidement dans l’oubli (Brand New Draco et No Opp Left Behind), Savage Mode II est divertissant du début à la fin. Les amateurs de hip-hop apprécieront l’aspect nostalgique de ce projet qui rend hommage aux années glorieuses du rap. Pour 21 Savage et Metro Boomin, c’est une célébration du chemin parcouru qui les a conduits au sommet de leur art. Ce n’est pas seulement leur meilleur effort conjoint, mais leur meilleur album tout court.

Exprimez-vous!





Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.