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Trois-Rivières-en-blues: en chair et en os!

250 personnes dans un Amphithéâtre Cogeco qui peut accueillir jusqu’à 7,000 spectateurs, assis et debout, c’était le beau défi, bleu obscur, d’une fin d’été incertaine, relevé en trois semaines par les organisateurs du grand rendez-vous blues annuel dans la Capitale de la poésie au Québec. Le premier festival à le faire. Le FME suivra bientôt et si ça se passe aussi bien en Abitibi comme en Mauricie, les festivaliers vont capoter. 

Parce qu’il y avait davantage que des musiciens en chair et en os qui sortaient du déconfinement pour communier avec nous. Ce qui planait, c’est surtout ce sentiment de délivrance, cette euphorie du contact humain dans un rituel festif. Des sourires dans la face pendant 72 heures.

Pas de scène gratuite au centre-ville, par contre, le blues retrouvera ses droits sur la petite rue Badeaux dès l’an prochain. Juste à observer la foule massive déambuler librement durant tout le week-end sur la rue Des Forges, dans ce secteur fermé à la circulation où règnent bars et restaurants, Trois-Rivières-en-blues fera assurément résonner la note bleue à quinze minutes de l’Amphithéâtre… à moins d’une vague COVID majeure dans un an.

Une édition 2020 avec ses contraintes : masque obligatoire lorsqu’on circule dans l’enceinte, le temps de se rendre à son siège, à distance de son ou sa voisin.e dans les premières sections (102, 103, 104, etc.) ceinturées par un joli jeu de lumières qui délimitent la configuration réduite de la salle. Une fois assis, on se démasque. 

Foudroyante vente en ligne des passeports trois-jours, huit minutes ont suffi à trouver les 250 preneurs. De nombreux mécontents, forcément, ont manifesté leur frustration sur les réseaux sociaux, les organisateurs eux, se sont seulement conformés aux normes de la Santé publique et ce raz-de-marée au guichet a fait en sorte que plusieurs amateurs se sont quand même rendu sur place pour écouter les spectacles à l’extérieur de l’édifice puisque ce majestueux amphithéâtre à aire ouverte s’y prête à merveille.   

Chaque tête d’affiche (Angel Forrest, Jack De Keyzer et Blackburn) avait son spectacle style ‘’tailgate’’ en début de soirée, ‘’avec pas d’masque’’, question de réchauffer l’ambiance à l’extérieur de la salle, sur l’esplanade. 

Jeudi, le guitariste blues-rock montréalais Dwane Dixon nous a entre autres balancé une concluante version de Whippin’ Post des Allman Brothers, ce qui a fait oublier la pluie fine et la soirée frisquette. À l’intérieur, la perfo de plus de deux heures sans pause de la vétérane Angel Forrest (33 ans à faire résonner sa voix rauque et puissante partout en Amérique du Nord) a comblé les attentes. Son dernier, et surprenant onzième disque titré Hell Bent With Grace, trouvait de nouvelles paires d’oreilles chez ses inconditionnels admirateurs. Il faut le dire, elle parle beaucoup à son public entre les chansons. C’est spontané et absolument pas « scripté ». Son groupe de cinq musiciens suivait parfaitement ses élucubrations soul, folk, rock et blues, les genres étaient variés, on ne s’est pas ennuyé. Une grande pro qui s’est trouvé une niche entre tous ces genres musicaux et qui en a fait sa signature. 

Vendredi, c’était au tour du toujours épatant Ben Racine Band (qui d’ordinaire épaule Dawn Tyler Watson, gagnante du dernier prix Juno Blues) de lancer la soirée avec ses cuivres rutilants de hautes voltiges. La petite froide, au son de cette musique festive exécutée par des bardes engagés à fond dans leur missive, coulait dans la gorge comme un élixir de bonheur. Gagas que nous fûmes, lorsque la pièce maîtresse de cette édition, le guitariste torontois Jack De Keyzer est monté sur scène avec son groupe de vétérans rompus au blues depuis des décennies. Il n’y a pas assez de foyers chez De Keyzer pour exhiber tous ces trophées et statuettes remportés au fil des ans: Junos, Maple Blues Awards, etc. Avec la présence d’un joueur d’orgue Hammond B-3 et d’un saxo ténor, on savait que ça allait être ‘’slick’’, raffiné, calibré et rendu avec classe. Ce qui fut le cas, encore une fois. S’il faut se faire une tête sur la définition sonore du blues, on écoute Jack De Keyzer. Excellent coup de Brian Slack le programmateur et Christian Gamache, le grand patron de Trois-Rivières-en-blues. Faut comprendre qu’en ces temps de pandémie, ce n’est pas tous les artistes qui voulaient venir au festival. Il y avait cette contrainte aussi. 

Samedi, le guitariste Justin Saladino a brillamment jonglé avec le blues, ses compositions et quelques interprétations (You Don’t Know How It Feels, de Tom Petty) avec une belle assurance. À 27 ans, le Montréalais continue d’évoluer. Bravo. Blackburn de Toronto a conclu le festival au son du funk (Shake Everything You’ve Got des JB’s entre autres), du soul (Ain’t No Sunshine) et du blues (Everyday, I Have the Blues). Voilà. Un festival de six spectacles. Sept, si on ajoute le show de bar du groupe Wang Dang Doodle au centre-ville. 

Le blues sous toutes ses déclinaisons marche fort à Trois-Rivières. L’opération dernière minute a fonctionné. Mais on a hâte à l’an prochain!

Crédit photo: Daniel Jalbert

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