Concerts

Taverne Tour 2019 : Kee Avil, Seulement, Rodolphe Coster

Kee Avil

Mon tour des tavernes s’est amorcé à l’intimiste à la Casa del Popolo avec Kee Avil, un projet no-wave intrigant signé Vicky Mettler. Pour être intimiste, ce l’était. Elle était seule avec sa guitare et sa panoplie électrique. Ses pièces, tantôt dépouillées et fragiles, tantôt maximalistes et violentes trouvent un juste milieu délicat entre le je-m’en-foutisme esthétique et un travail minutieux et intelligent du son. L’étrangeté harmonique aux abords de l’arythmique mêlée avec une certaine inventivité guitaristique (elle utilise sa guitare de façon généralement non conventionnelle, par exemple avec une vis ou des baguettes en bois) et vocale se consolide totalement avec les évènements électroacoustiques qui accompagnent, surmontent ou soutiennent magnifiquement le propos — et les oreilles. Le monde dystopien et anomique d’Avil lui en permettent beaucoup, raison de plus pour lui lever mon chapeau (ma tuque) : il aurait été très facile de tomber dans un n’importe quoi excessif et imposteur, mais non! L’excès était là — le projet l’oblige presque —, mais toujours en dose parfaite. Si elle avait pu restreindre un peu le temps de préparation qui distanciait un peu trop les pièces entre elles, ça aurait été la crème de la crème… on est loin d’un gros problème ici.

Seulement

Le projet solo de Mathieu Arsenault (ex-Technical Kidman) — pas l’écrivain —, Seulement, m’a été dévoilé en grande pompe sur la scène de la Casa (parce qu’il m’a été introuvable sur internet). Alors que la composition et les sonorités de ses œuvres frappent positivement, son attitude un peu mélodramatique gâchait un peu l’expérience pour moi (défaut de l’oeuvre performative uniquement, pas musicale). Dommage aussi qu’au niveau formel il peine à nous porter où que ce soit, parce que ses compositions comportent tout de même beaucoup de passages intéressants, surtout au niveau de la plasticité, mais aussi sur le plan de l’orchestration. Il transparaît de fortes influences d’une pop expérimentale à la Arca avec certaines touches électroniques non loin de Oneohthrix… mais tout ça reste à peaufiner (et, à mon avis, à dé-romanisé un peu — certains moments étaient vraiment trop poussés, presque crooner).

Rodolphe Coster

Rodolphe Coster et son groupe étaient loin d’être le clou de la soirée, malheureusement pour leur billet d’avion Belgique-Québec. Le groupe mi-énergique a offert une performance décousue de tous bords tous côtés, qui n’avait par ailleurs aucun rapport avec sa musique en ligne. À l’opposé du punk morcelé et bruyant auquel son profil Soundcloud nous prépare, j’ai assisté à une performance hétérogène à tâtons, disparate autant esthétiquement qu’au niveau de l’énergie des membres et surtout très convenue stylistiquement. La formation, composée d’une batteuse et d’un bassiste posés [presque gênés], d’un Rodolphe disproportionnellement agité à la guitare et à la voix ainsi que d’un saxophoniste stylé (dont la seule présence était un grand mystère pour moi, malgré un talent bien explicité par quelques solos musclés) a perdu mon attention en un temps compétitif. Se lancer partout, ce n’est pas un passeport pour le pays de l’œuvre réussie.

Ce fut une soirée en decrescendo, c’est correct, ça en prend. Mais avant le morendo je me permet un petit commentaire applicable à chacun des trois groupes et qui me laisse un goût salé en bouche: malgré la francophonie fonctionnelle des trois formations (j’ai entendu chacun d’eux discuter avec leurs proches en français), aucune ne chantait en français sauf Seulement dans une ou deux pièces. Kee Avil qui oeuvre en anglais dans un carcan esthétique éminemment anglophone, et des belges qui viennent nous gifler du vieux punk plate en anglais… entendant deux francophone qui s’accrochent s’échanger un « sorry », j’me dis qu’au moins j’ai encore mes rocheuses.

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