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POP Montréal 2019: Laurie Anderson

Le 25 septembre dernier, Laurie Anderson, l’icône américaine de la musique expérimentale se produisait au Théâtre Rialto lançant les hostilités pour cette première journée du festival POP Montréal. Cela faisait huit ans que la légende new-yorkaise n’était pas venue dans la métropole et le moins qu’on puisse dire c’est qu’elle a su marquer le coup en s’entourant de deux invités prestigieux : le saxophoniste Colin Stetson et la violoncelliste Rebecca Foon.

La soirée affiche complet et en effet c’est dans un théâtre rempli à craquer que se produira Laurie Anderson. Dès 19 h, la file d’attente pour rentrer s’étend déjà sur plusieurs rues, dévoilant un public de fans enthousiastes, relativement âgés, attendant avec impatience de voir la compositrice du légendaire O Superman en 1981. Depuis les années 70, l’artiste aura multiplié les rencontres et croisé la route de Brian Eno, Philip Glass ou encore David Bowie. Son dernier album Landfall publié en 2013 signait une collaboration avec le célèbre quatuor à cordes Kronos Quartet, relatant les sentiments d’Anderson lors de l’ouragan Sandy. C’est dans la lignée de ce dernier projet que s’inscrira le show de ce soir.

Pas besoin de première partie quand on s’appelle Laurie Anderson. À vingt heures quinze pétantes, les lumières s’éteignent et la septuagénaire accompagnée de Colin Stetson et Rebecca Foon, font leur apparition sur scène sous des tonnerres d’applaudissements. L’excitation est palpable. Sans un mot, le concert débute sur un air de saxophone percutant et aux sonorités sombres suivies peu de temps après par le violoncelle. Pendant plusieurs minutes, Anderson se tient immobile derrière ses claviers, puis s’empare d’un violon et se joint à l’ensemble pour une épopée instrumentale grandiose, avec ambiance de lumières tamisées. L’acoustique de la salle est magnifique, on se retrouve transporté dans un puissant monologue dramatique. 

Après quelques compositions difficiles à reconnaître, la pionnière de la musique électronique expérimentale se décide enfin à parler un grand sourire aux lèvres. « It’s a big relief to be out of the US », dit-elle. Ayant eu écho des prochaines élections, elle en profite pour se remémorer un moment ressenti en déambulant dans les rues de New York quelques jours après les dernières élections, « personne ne reconnaissait la réalité ». Ce sera une de ses seules interventions de la soirée, préférant s’en remettre à son spoken word pour raconter des histoires à travers ses morceaux. Hélas, l’artiste ne posera pas non plus sa voix sur de nombreux titres la majeure partie du concert étant instrumentale.

Les expérimentations sonores reprennent, l’harmonie créée par le couple violon-violoncelle est rythmée par des percussions sourdes, lourdes et profondes. Stetson, dont la carrure est aussi impressionnante que la taille de son saxophone, est bluffant du début à la fin. Le musicien, installé depuis quelques années à Montréal, repousse complètement les limites de l’instrument grâce à une technique de respiration circulaire qui lui permet de jouer en continu sans pause. Il en résulte un son tout à fait unique au croisement entre l’avant jazz et la noise. Sans exagérer, l’homme pourrait être un orchestre à lui tout seul.

Après environ quarante minutes et un titre chanté par Foon, à la voix pure et douce, des notes inquiétantes au caractère ambiant jouées au saxophone retentissent. Anderson s’emparera enfin de son fameux vocodeur qu’elle accompagnera d’un synthétiseur donnant un ton plus électronique à l’ensemble. On ne peut être insensible à la qualité de la prestation qui nous est proposée, nous sommes littéralement face à l’association maîtrisée à la perfection de styles musicaux, à l’origine radicalement opposés. Chaotique, transcendant et tout simplement magnifique.

Une heure dix après son apparition, le trio quitte la scène nous laissant sans voix. Ils reviendront pour une dernière interprétation orchestrale qui nous laisse hébétés et heureux. Après de chaleureux au revoir, Anderson, Stetson et Foon clôtureront définitivement la soirée.

Certains regretteront peut-être le manque de présence de Laurie Anderson, j’entends même une femme demander si le concert entier était de l’improvisation. À cela, l’ex-compagne de Lou Reed répondrait sûrement la même chose que lors d’un entretien en 2010 : « Quand je pense à tous ces artistes qui savent exactement ce que leur concert va être, je suis un peu triste pour eux. Nous, nous ne savons pas… et c’est tout l’intérêt. »

Nous sommes tout à fait d’accord.

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