Concerts

Les Planètes (en supplémentaire) à la SAT le 5 avril 2018

Après des représentations à la fin février, le spectacle Les Planètes, produit par la SAT et la Société de musique contemporaine du Québec (SMCQ), a amorcé une série de supplémentaires du 3 au 7 avril à la Satosphère. Étant donné que la musique contemporaine a une réputation d’art plutôt inaccessible, on peut se demander la raison d’un tel succès, d’autant plus que les créations sont rarement reprises.

 

L’histoire de la pièce est particulièrement intéressante. Écrite par le compositeur Walter Boudreau et commandée à la base par le pianiste Louis-Philippe Pelletier en 1983, la pièce Les Planètes a été jouée pour la première fois en 1998, avec un délai de 13 ans entre la composition et le rendu sur scène. Comme le dit bien le titre, elle évoque une représentation musicale de caractéristiques des planètes du système solaire, un peu comme la classique Les Planètes de Gustav Holst, sauf que Walter Boudreau a utilisé un ordinateur de l’Université de Montréal pour « calculer » sa musique.

Pour les représentations de la SAT, l’organisation pilotée par la conceptrice et pianiste Louise Bessette a fait appel aux services de Yan Breuleux et de Rémi Lapierre, respectivement professeur à l’École des arts numériques, de l’animation et du design et programmeur « touchdesigner », pour créer des projections lumineuses liées directement au jeu de la pianiste. Le « piano-lumière » créé par Yan Breuleux s’adapte à la pièce pour diffuser une lumière correspondant à la partition. Il observe également le jeu de l’interprète pour créer un aspect visuel, ici très inspirée des sphères, à la fois pour refléter la salle et pour rappeler les planètes, sujet évident du spectacle.

Le spectacle s’ouvre avec deux pièces classiques : la Sonate du clair de Lune de Beethoven et le Clair de lune de Debussy, qui plongent la salle tout de suite dans l’ambiance et de donner le ton à cette soirée, avec des projections longues de lumière sur la Satosphère. Le morceau de Debussy, avec son immense lune qui apparait, préparait bien à la pièce principale du concert.

Pour la pièce de Walter Boudreau, les visuels prenaient tout leur sens. Souvent dans ce genre de concert qui allie musique « classique » ou contemporaine et visuels, les usages ne sont pas toujours pertinents ou même nuisent à l’appréciation de la musique par leur trop-plein. Or, ici, ça sert très bien le concert : le concept amène beaucoup plus le public à se créer son univers qu’à se laisser influencer par le jeu de la pianiste. Qu’il n’y ait qu’un instrument sur scène aide beaucoup aussi.

Les visuels sont pertinents, donc. Ils rajoutent un tout nouveau sens à certains mouvements de la pièce qui ont gagné à être éclairés de cette façon. Particulièrement, les mouvements du Soleil (Soleil et Re-Soleil) et Re-Mercure étaient particulièrement réussis, avec les faisceaux lumineux, certains ressemblant à des néons, qui enveloppaient complètement la Satosphère. Ces moments étaient ceux qui occupaient le mieux l’espace et qui ajoutaient réellement à l’expérience.

La performance de Louise Bessette est magistrale, avec une délivrance inspirée tant dans les mouvements plus dramatiques que ceux d’inspirations plus classiques. Le va-et-vient des deux tendances est vraiment important dans la pièce de Walter Boudreau, et elle le rend très bien. Plusieurs extraits sont des bijoux de complexité.

Je parlais du côté peu accessible de la musique contemporaine aux yeux de plusieurs; Les Planètes ne font pas partie de ces pièces. Qu’elle soit composée au piano aide beaucoup à cette impression de familiarité, de facilité à apprivoiser même s’il y a des prouesses techniques. L’émotion est très présente dans Les Planètes, avec une connexion comme on en voit peu.

Si vous voulez découvrir un spectacle qui vous prend dans un cocon, vous mène ailleurs et vous berce à la fois, ce spectacle est pour vous.

Les Planètes est en supplémentaires jusqu’au 7 avril, à la Société des arts technologiques (SAT), au 1201 Saint-Laurent, à Montréal.

Exprimez-vous!





Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.