Concerts

Osheaga 2018 jour 1 – James Blake, St. Vincent, Yeah Yeah Yeahs, Sylvan Esso

Ça y est! C’est encore une fois ce moment de l’année où les Birkenstock et les fleurs se ruent sur les white kidz de Montréal, où le Kampai ajoute son option végétalienne et sans gluten (parce que les métaleux, eux, ont pas l’temps de niaiser avec ça, le spécisme), où la Scène de l’Apocalypse, faute d’imagination, devient la scène verte. Je suis arrivé sur une OST assez plaisante de Matt Holubowski, mais mon seul but était évidemment d’aller me stationner sur la gate pour Travis Scott. Ouain, ou peut-être pas.

Rainbow Kitten Surprise

Rainbow Kitten Surprise a officiellement ouvert ma journée en force avec une gigantesque performance, très physique et très intense, menée à bon port en grande partie par le chanteur qui n’y allait pas de main morte pour livrer un concert en montagnes russes. Par moments, les arrangements étaient un peu faibles et manquaient de perfectionnement — particulièrement dans l’écriture des parties de basse —, mais ça disparaissait très facilement quand soudainement le frontman se mettait à crier dans un moment autrement calme avant de se lancer à terre sans retenue. Ça prenait un moment pour comprendre son jeu, parce qu’il en mettait juste assez pour nous déstabiliser sporadiquement, mais une fois comprit, ça devenait très amusant. L’énergie que le groupe dégageait faisait le show. Tout ça a ajouté à la sobre et belle variété sonique dont ils font preuve. Que ce soit avec un petit harmoniser passager ou quelques effets inaccoutumés de guitares, le groupe a donné un concert qui met la barre haute pour la longue fin de semaine.

Sylvan Esso

Après des performances correctes de Manchester Orchestra et d’Essaie Pas, je suis allé me poster aux aguets devant Sylvan Esso, qui ont donné une performance aussi bonne qu’un peu décevante par moments. Premièrement, l’aspect visuel était, pour ainsi dire, absent de la performance. Le DJ était installé sur une toute petite table avec son Akai et sa boîte à rythmes, et heureusement qu’il bougeait un peu parce qu’on aurait tôt fait d’oublier sa présence. Dans le cas de la chanteuse, ses multiples déhanchements faisaient peut-être crier la foule, mais à mes yeux ils n’étaient autres qu’une tentative un peu ratée d’enflammer l’ambiance. Au niveau de la musique, heureusement, le bilan était plus positif; la chanteuse était excellente, la production est, comme en studio, inventive et rafraîchissante et le son était à un volume majoritairement adéquat (mis à part quelques échantillons trop agressifs). Il y avait par contre un petit manque de plénitude au niveau des arrangements qui rendaient la chose un peu fade par moments, et le sens du drop était plus ou moins là, mais ce n’était pas dramatique. Somme toute, ce n’était pas désagréable.

St. Vincent

Pendant ce temps, LP Labrèche lui était posté devant la scène de la rivière pour la performance de St. Vincent. Eh puis? « Eh bien, St. Vincent a donné un spectacle digne de ce nom. Après tout, c’est le pire contexte pour apprécier ses chansons, en pleine clarté du jour, mais l’Américaine n’a pas lésiné pour autant. Se concentrant surtout sur les pièces de son album Masseduction, elle a prouvé une fois de plus qu’elle est incroyablement talentueuse. Sa maîtrise de la scène est impressionnante et son interprétation sans failles. Son spectacle était accompagné de projections efficaces et souvent ludiques. Franchement, c’était tout à fait satisfaisant comme prestation. »

Yeah Yeah Yeahs

Les New Yorkais sont venus raviver le flambeau qu’avait allumé RKS au début de la journée et que St. Vincent a magnifiquement entretenu plus tôt avec un spectacle qu’on pourrait qualifier, avec un grand excès de retenue, de haut en couleur. La chanteuse, qui portait étrangement des airs de famille avec le ci-haut mentionné Marilyn Manson, passait en un rien de temps entre les cris gutturaux et multiples aux sensuels cris de jouissance qu’on lui connaît. Son accoutrement décidément punk ajoutait une couche assez ‘90 s à la soirée. Je vous gâche le punch tout de suite : après un concert efficacement décousu, pourvu de moments dédiés à la décrépitude progressive du stage, Karen O a accompli l’exploit de casser un SM58 et le batteur a violemment condamné sa batterie. Le reste du concert était à peu près à l’image de son paroxysme; une atmosphère punk déglinguée aux airs jovialement industriels, des longs moments sans musique où plein d’actions chaotiques se chevauchent, une chanteuse qui se fout complètement de fausser, dans la mesure où ça donne un bon show — et franchement, ça réussit. Certes, des arrangements un peu plus travaillés pour amplifier les moments les plus festifs ainsi qu’une meilleure interprétation n’auraient pas nui à certains moments, mais c’est pas mal le seul point négatif pour moi. Il faut probablement connaître les tounes pour apprécier, par contre.

James Blake

Décidément, j’ai vu pire côté journée festivalière. James Blake et ses deux musiciens nous ont livré une performance hors du commun pour terminer la soirée, nous dévoilant ses fins talents d’arrangeur et d’interprète. Les trois acolytes ont joué des versions dépouillées d’une sélection avisée et bien montée du répertoire du compositeur, parfaitement à l’image des œuvres originales. Malgré quelques accrocs — comme la pédale de soutien de son Nord qui n’était pas branché, ou les mouches qui s’attaquaient à Blake —, le tout coulait de façon fluide, et les extrêmes étaient savamment gérés pour créer une courbe dynamique on ne peut plus efficace.

Chacun jouait d’au moins trois instruments (le guitariste jouait aussi de deux autres synthés, dont un énorme modulaire!), et pourtant presque tout était pile-poil. Dommage, en revanche, que les énormes kicks de Dixon et les voix égocentriques d’une quantité faramineuse d’Osheagiens saouls viennent gâcher d’autrement magnifiques moments, par exemple les multiples silences d’une importance capitale dans Limit To Your Love… Mais bon, je me console quand j’écoute les climax du concert qui sont parfaitement fort et pourtant si doux à l’oreille. Aucun son n’agressait mes oreilles désespérées par les antérieurs Killy et Odesza! Ce n’est pas un miracle guys, on appelle ça du perfectionnisme. En tout cas, deux seules choses sont à retenir pour ce concert : James Blake, 1. malgré ses hauts et ses bas en studio, il sait ce qu’il fait en maudit — ses deux nouvelles œuvres en témoignent amplement —, et 2. pourquoi ils ne sont pas capables d’arrêter de parler pendant un show ta*$#@!.

P.S. Il a joué une nouvelle pièce, et c’était assez moyen, mais je voulais que la critique reste positive. Genre.

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