Concerts

OK LÀ – Suzanne Ciani, Banna Haffar & Nour Moburak, Lindsay McIntyre & Peter Bussigel, le samedi 11 mars 2023

La pianiste-compositrice Suzanne Ciani s’arrêtait samedi soir au Quai 5150 dans le cadre du festival OKLÀ en compagnie d’autres artistes qui officiaient en premières parties. Un endroit impeccable pour accueillir l’une des pionnières de la musique électronique du dernier siècle.

Bana Haffar & Nour Moburak

Pour débuter la soirée, les artistes Bana Haffar (artiste électroacoustique) et Nour Moburak (performeuse pluridisciplinaire) ont proposé deux performances bien disparates. Orchestré avant tout par Haffar derrière sa console de synthétiseur modulaire, un mur vrombissant de textures sonores est parvenu à alourdir la salle de façon constante – nous avons eu droit à un écosystème ambiant où plusieurs dynamiques se sont opposées. Entre autres avec celle de Moburak qui, rivé sur une chaise face à un pupitre, a pu alimenter les couches de son en récitant de façon stoïque des directives à l’aide d’un micro filtrant sa voix. Les deux musiciennes ont défilé à travers plusieurs trajectoires – à quelques moments, indépendants l’un de l’autre – mais de façon cohésive lorsque s’est créé un dialogue entre les chants de Nour Moburak et des percussions provenant de la console.

Lindsay McIntyre & Peter Bussigel (projection de 16mm)

C’est avec un grand enthousiasme friand d’assister à cette performance où six projecteurs allaient projeter de façon simultanée les films 16mm de la cinéaste Lindsay McIntyre. Dans la pénombre, une première image abstraite en monochrome quelque peu perceptible nous a été présentée à l’écran. Côté ambiance sonore, les compositions de Peter Bussigel se glissent subtilement aux premières diapositives et s’entremêlent aux bruits des mécanismes du projecteur. On entend la répétition d’un bruit de ruisseau, des sons qui semblent venir d’une source organique. J’ose croire qu’elle provient d’instruments que Bussigel construit lui-même ; des systèmes de son, percussion électroacoustique et séquenceurs conçus à partir de matériaux bruts. Le défilement d’images abstraites a rapidement tourné au documentaire ; des captations de manifestations où David Suzuki prend la parole se heurtent aux images de forêts défrichés de la côte ouest par les coupes à blanc. L’ambiance sonore a persisté la bonne lourdeur jusqu’à ce qu’un changement inopiné s’opère dans la pellicule. Grâce à l’émulsion saturée, le monochrome des six images superposées a soudainement viré coloré pour s’unir aux lignes plus ronde et ouverte de Bussigel. Vraiment, un splendide spectacle pour les oreilles et les yeux.

Suzanne Ciani

C’est fort impressionnant d’être en présence d’une si grande légende de l’histoire de la musique, juste là à quelques mètres de soi. Dans l’auditorium du Quai 5160, la compositrice Suzanne Ciani, âgée de 76 ans, nous a offert – comme un petit cadeau, oui – une performance entièrement maîtrisée du début jusqu’à la fin.

Munis de son synthétiseur analogique Buchla 200, les prouesses techniques de Ciani étaient bien en vue grâce à une caméra vidéo qui nous a permis d’étudier chaque mouvement précis de cette valse modulaire. En effet, les premiers mouvements de l’interprète ont débuté dans les basses fréquences en nous glissant des sombres sons rappelant une mer bourdonnante. Il fallait être présent dans la salle pour comprendre entièrement l’expérience auditive : grâce à la quadriphonie de l’auditorium, les vastes vibrations provenant du synthétiseur réussissaient à envelopper l’espace de façon surprenante. Impossible de rester amorphe face au parcours sonique qui se produisait dans nos oreilles.

S’en est suivie, pendant un peu plus d’une heure, cette chorégraphie où Ciani est passé par une multitude de textures. À quelques reprises, nous avions droit aux couches obscures de la machine, mais aussi à des sons plus harmoniques et ludiques où l’artiste semblait vraiment prendre plaisir à manier. Il était flagrant de constater la façon dont Suzanne Ciani, septuagénaire, arrivait à naviguer entre des sonorités remémorant l’époque new age et d’autres qui paraissaient plus contemporaines. C’est admirable.

Enfin, les applaudissements ont surgi lorsque les derniers ricochets de sons ont cessé dans la salle. Les gens se sont levés de leur siège pour applaudir l’emblématique figure. En plus d’avoir été d’une constance saisissante sur scène, c’est avec grande générosité qu’elle a, par la suite, invité le public à monter sur les planches dans le but de scruter son Buchla 200. Preuve que la musique électronique est plus accessible que l’on ne pense.

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