Concerts

OK LÀ, 14 juin 2019

Le 14 juin s’ouvrait la nouvelle saison d’OK LÀ, l’incongru petit festival d’art électronique dans un vétuste stationnement à étages à Verdun. Combien auraient pensé qu’un événement de musique expérimentale gratuit, à quelques mètres de logements et de commerces, à Verdun de surcroît, quartier historiquement populiste s’il en est un, puisse non seulement exister tout court, mais durer plus qu’une saison en plus? Et pourtant, nous y voici pour un troisième été. Ce soir, le mercure un peu bas et les risques de précipitations ont déplacé le concert du toit à l’avant-dernier étage. Une belle petite foule de weirdos bigarrée se réunit donc sous un plafond de béton brut, ce qui donne à l’événement un charme industriel qui lui va plutôt bien.

La soirée se déroule exactement dans l’ordre planifié, sans retard cool et sans attitude de vedette. Martina Lussi, de Suisse, fait donc entendre ses premiers bruits à 20 h tapantes. Assise à une table devant un ordinateur portable, un contrôleur MIDI et quelques appareils électroniques, elle se lance dans une prestation de 45 minutes où se succèdent des couches de sons lugubres et éthérés, des voix fantomatiques et des craquements percussifs dubstep. De temps à autre, une mélodie se dessine, et Lussi fait rebondir sur les surfaces de ciment qui nous entourent des chants d’oiseaux, des couinements de baskets et des bouts de discours extirpés de leur contexte. Sans être un tour de montagnes russes, le numéro est envoûtant et bien dosé.

Robert Aiki Aubrey Lowe vient ensuite. Celui qui a aussi enregistré sous le nom Lichens et qui a fait partie des groupes OM, The Cairo Gang et Singer, arrive équipé d’un kit de synthé modulaire, d’un micro et d’un projecteur qui l’éclaire avec ses motifs changeants de couleurs et de lumières. Les intentions créatives du projecteur sont louables, mais l’effet est finalement sans grand intérêt. L’improvisation de Lowe sur son instrument est minimale et sans trop de variations, toute en réverbérations vastes, et il y ajoute quelques vocalisations aiguës, angéliques et captivantes. Quelques claquements de fritures se sont insérés dans son signal dans la première moitié, mais une fois ce petit problème réglé, on plane.

Enfin, c’est au tour de Rose Kallal, artiste audiovisuelle new-yorkaise qui vient présenter ses projections sur pellicule, accompagnées de musique ambiante darkwave. L’attirail de projecteurs est ici un peu plus élaboré, résolument le fruit d’une plus grande réflexion, et l’effet n’est pas mal réussi. Kallal a préparé trois boucles d’images symétriques et kaléidoscopiques, projetées côte à côte à des vitesses différentes pour un ensemble final qui est à la fois répétitif et en changement constant. Je ne suis certainement pas le seul qui y a vu une ressemblance avec le voyage astral à la fin de 2001 de Kubrick. Kallal laisse les projections prendre l’avant-scène, et elle s’installe dans l’ombre à un gros attirail de synthés modulaires d’où elle extrait des grosses basses méchantes et des ambiances inquiétantes. Le style est un brin monocorde, mais bien maîtrisé, et le résultat a de l’impact.

Au moins autant que les artistes invités, le plaisir des soirées OK LÀ provient de l’organisation et du public. L’auditoire va des petites familles avec poussette et bambin en pyjama aux jeunes gens résolument bien battés et étendus sur des gros coussins placés près de la scène par les organisateurs de l’événement. On pourrait être tenté de se moquer de l’aspect hipster de la chose : bières de microbrasserie, traiteur caribéen végane, barbes inégales sur les gars, franges bien trop courtes sur les filles, etc. Mais le tout est sans prétention, simplement présenté avec soin et avec amour, pour se taper un bon trip parce que pourquoi-fucking-pas. C’est une bulle d’utopie créative et libre dans un carcan d’utilitarisme hideux. On va le rendre beau et vivant, votre amas de béton fait juste pour les chars!

OK LÀ se poursuit pendant l’été : le 13 juillet avec Joshua Abrams & Natural Information Society, et le 9 août avec Michele Mercure. Tous les détails ici.

Crédit photo: Hugo Jeanson

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